Κυριακή 1 Φεβρουαρίου 2026

Blanc et Noir (The Sunset Limited) de Cormac McCarthy, traduction et mise en scène d’Antonis Kafetzopoulos

 


L’écrivain américain (1933-2023) est surtout auteur d’une quinzaine de romans, dont certains ont été adaptés au cinéma. Il a aussi écrit des pièces: The Stonemason (1995) et celle-ci (2006) où il met en place une sorte de piège ontologique, sur fond de claustrophobie. Il y dialogue avec la philosophie de l’absurde et le langage devient ici le vecteur d’un affrontement rhétorique, d’un intense bras de fer intellectuel en huis-clos: la présence de l’Autre agit comme un miroir sartrien, obligeant l’individu à affronter le poids de son existence et l’insupportable responsabilité de sa liberté. Le constat du célèbre philosophe et dramaturge français: «L’enfer, c’est les autres.» acquiert ici une nouvelle dimension, à travers le dilemme entre la vie et son renoncement.





Le sous-titre indique bien que  Cormac McCarthy veut déplacer l’intérêt de l’action vers la densité idéologique. Et les protagonistes resteront anonymes: dans une gare, un Blanc (professeur d’université nihiliste) est sauvé du suicide par un Noir (ancien détenu et fervent chrétien) qui l’invite à venir discuter avec lui dans son modeste appartement. Ils portent chacun le poids de leur histoire traumatisante mais ces personnages fonctionnent avant tout, comme vecteurs d’idées conflictuelles. Ainsi, leur expérience de vie se transmue en une confrontation absolue entre deux visions du monde opposées.

Le Blanc perçoit la civilisation comme un écran fragile et incapable de dissimuler le vide existentiel. Et le Noir met en avant une espérance vécue, ancrée dans l’acceptation de la grâce divine. Antonis Kafetzopoulos a fait une traduction fluide et efficace de la pièce et a évité le piège d’une hellénisation maladroite d’un dialecte afro-américain. Il a privilégié l’homogénéité et a mis l’accent sur l’oralité, l’ellipse et la fragmentation du discours qu’exige l’économie théâtrale. Sur le terrain commun de l’angoisse existentielle, ces hommes dialoguent d’égal à égal et abolissent la distance éducative et sociale qui les sépare. Il y a un bon rythme et Antonis Kafetzopoulos a réussi à apprivoiser le côté statique de l’œuvre et à recréer son impression d’enfermement.
Pauses mesurées, pointes sarcastiques, ironie sous-jacente et humour agissent comme soupapes de décompression. La scénographie de Giorgos Chatzinikolaou, réduite au strict nécessaire, devient une partie du «piège ontologique» imaginé par l’auteur. Une grande porte avec deux verrous et chaîne de sécurité domine le plateau et signale le caractère inéluctable de la situation et l’impasse de la communication…  Le Blanc ne pourra quitter l’appartement du Noir avant une conclusion: ils y semblent coincés, même s’ils se montrent inflexibles dans leurs convictions.

Costumes de Maria Anamaterou: le Noir- grande veste en cuir et bonnet- semble porter les stigmates de la rue et de la prison. Et le Blanc -veston en velours côtelé marron- renvoie au monde académique dont il est issu. Ce choix vestimentaire illustre bien les disparités socio-éducatives, tout en soulignant la destinée commune de ces gladiateurs, égaux face à la vie.

Avec une immédiateté désarmante, Antonis Kafetzopoulos (le Blanc) et Jérôme Kaluta (le Noir), comme des vases communicants transforment les thèses philosophiques en événement vécu. Grâce à  une sorte de « chimie électrique », le Blanc  et le Noir cessent d’être de simples oppositions idéologiques, pour être les deux faces d’une même angoisse face à la mort. En parfaite symbiose, les interprètes suggèrent que le salut -ou sa perte- n’est pas une affaire solitaire mais un processus déclenché par le frottement avec l’altérité… Le célèbre Autre est, enfin, ce miroir obligeant chacun de nous à tâter les limites de sa propre vérité…

 

Nektarios-Georgios Konstantinidis

 

Théâtre Epi Kolono, 12 rue Nafpliou, Athènes. T. : 00302105138067

 

 

 

Τετάρτη 21 Μαΐου 2025

Vol/Kossovo de Jeton Neziraj, traduction en grec d’Eleana Ziakou, mise en scène d’Enke Fezollari

 


Aux Balkans, en des temps troublés, histoires de trahison, conflits civils, grandes puissances qui s’affrontent créent des sécessions, guerres et révolutions dans des lieux d’une importance géopolitique particulière où les États-Unis sont omniprésents. Et le Kosovo, ce morceau de terre, devient un prix à revendiquer.

Ce dramaturge kosovar de langue albanaise (quarante-huit ans) situe l’action  de cette pièce (2012) dans un théâtre, à l’époque de la déclaration d’indépendance, après une série de conflits meurtriers et d’affrontements internationaux. Théâtre dans le théâtre, comme dans l’hilarant Noises off de Michael Frayn, la pièce s’ouvre sur la troupe mercantile du Théâtre National. Les acteurs répètent En attendant Godot de Samuel Beckett et sirotent raki sur raki. Chacun d’eux rêve d’une vie différente…
Le protagoniste décadent qui a une femme et une maîtresse, se consacre au Roi Lear de William Shakespeare qu’il peut jouer à tout moment, malgré trop d’alcool et les années qui passent. L’actrice principale s’imagine jouer Scarlett O’ Hara d‘Autant en emporte le vent dans un célèbre théâtre de Broadway. Le metteur en scène veut surtout la gloire et l’argent et, bien sûr, un poste permanent de metteur en scène.Leur routine paranoïaque va être perturbée par l’arrivée du Secrétaire aux sports ! Il aspire à devenir ministre et, sur ordre du Premier ministre qui veut et peut le rester, il commande un spectacle pour commémorer l’anniversaire de l’indépendance qui reprendrait tous les événements historiques qui l’ont définie. Ce grand projet serait peut-être réalisable si l’on connaissait… ce jour de l’Indépendance mais il reste malheureusement un secret d’État! S’ensuit une série d’événements hilarants couvrant avec art le drame des Kosovars piégés dans des intérêts à l’étranger mais qui refusent de voir la réalité, préférant simuler l’amour, poursuivre des carrières insignifiantes et trouver un argent inexistant, se tendre des pièges les uns aux autres, faire du chantage, pratiquer des extorsions… et boire sans arrêt.


Dans un élan de patriotisme, l’éclairagiste essayera de piloter une machine volante artisanale pour diffuser des proclamations indépendantistes et être un héros aux yeux de son père décédé et de la nation. Un scénario qui rappelle le légendaire Underground d’Emir Kusturica (1995) mais sans les personnages qui s’apparentent plus ici à des caricatures.La juxtaposition comique des héros et l’alternance tonitruante d’actions absurdes et sarcastiques participent à une satire impitoyable de la psyché du lumpen, des excès nationalistes et des ambitions inaccessibles, de l’opportunisme politique écrasant l’art, de la censure impitoyable et presque absurde, et de la soumission à toute force qui peut garantir une paranoïa absolue, une décadence humiliante et une confusion impensable.

Enke Fezollari suit la ligne dramaturgique qu’il s’est fixée et crée un spectacle dense avec  élans d’interprétation intenses, chorégraphies légères, nombreux airs des Balkans, reconstitutions de clichés reconnaissables, extraits d’œuvres patriotiques prospérant sous les régimes autoritaires, tours comiques improvisés et confrontations assourdissantes. Mais l’action avec une tension artificielle, n’est pas ici soulagée par des scènes plus douces qui  permettraient aux personnages d’exister avec clarté.
Mais Ada Giannoukaki, Kyriakos Kosmidis, Chrysovalantis Kostopoulos, Apostolos Malebitzis et Enke Fezollari, tous très bons acteurs, suivent avec aisance le rythme épuisant de cette création et en font ressortir les éléments comiques grâce à une discipline  impressionnante. Dans l’esprit de cette mise en scène, les décors et costumes de Giorgos Lyntzeris, la musique de Dani Koumartzis, les éclairages de Semina Papalexandropoulou et les vidéos d’Ada Liakos participent à la réussite de ce spectacle.
 
Nektarios-Georgios Konstantinidis
 
Théâtre Noūs-Creative Space, 34 rue Troias, AthènesT. : 0030 2108237333
 
https://www.youtube.com/watch?v=ry6MY_Tj0V0
 

Κυριακή 4 Μαΐου 2025

L’Aide-mémoire de Jean-Claude Carrière, traduction en grec de Thomas Voulgaris, mise en scène de Kostas Vassardanis



Une pièce écrite en 1968. Jean-Jacques collectionne les conquêtes féminines. Un matin, une inconnue sonne à sa porte : Suzanne semble s’être trompée d’adresse. Sans-gêne, elle s’installe chez lui, le dérange dans ses habitudes et met la main sur l’aide-mémoire où il consigne soigneusement les noms de ses amantes et des renseignements personnels.

Elle devient vite indispensable à ce célibataire endurci. Entre eux, un dialogue se noue : elle lui confesse qu’elle recherche Philippe Ferrand, père d’un enfant qu’elle n’a pas gardé. Charmé par l’inconnue, il quitte son comportement donjuanesque et lui avoue son amour.
Dans la deuxième partie de la pièce, Suzanne se fait retenir par Jean-Jacques, trop amoureux pour la laisser partir, mais qui refuse de l’épouser: ils partageront l’appartement. Suzanne, pour le rendre jaloux, lui raconte à Jean-Jacques qu’elle a reçu la visite de Philippe Ferrand et apprend que son hôte s’appelle… Jean-Jacques Ferrand. Il passe tout le jour suivant avec elle, mais le tour fusionnel que prend leur relation effraie Suzanne prête à s’enfuir. Mais c’est Jean-Jacques qui part, lui laissant l’appartement.
Il lui rendra visite de temps en temps. Elle le regarde sortir, comme à regret.

Classique, l’histoire du séducteur séduit est ici fondée sur des incertitudes et sur un dialogue voué à l’obscurité. Suzanne figure-t-elle dans l’aide-mémoire ? Si oui, Jean-Jacques est-il l’homme qu’elle recherche ? Autant de questions laissées en suspens.
Et rien ne nous permet de savoir quand le dialogue est fondé sur la vérité ou sur le mensonge. L’histoire de Suzanne, le nom de Jean-Jacques peuvent n’être que des inventions… Et l’aide-mémoire dont ils parlent tant, n’est donc d’aucune utilité aux personnages.
Cette comédie a une fin ambiguë : Suzanne attend-t-elle Jean-Jacques ? Et lui reviendra-t-il ? Ils n’ont pas d’avenir et leur destin reste aussi improbable qu’avant leur rencontre. Peut-être faut-il voir ici la griffe d’un scénariste qui a travaillé avec Luis Bunuel, Louis Malle, Milos Forman…

Kostas Vassardanis est fidèle à l’esprit du texte et renforce le mystère et le suspense d’une façon exceptionnelle. Sa mise en scène est bien rythmée et il projette avec clarté le jeu entre vérité et mensonge. Kostas Vassardanis, un des meilleurs comédiens de la nouvelle génération, incarne Jean-Jacques avec nuances avec une voix et une gestualité remarquables.. Daphni Skroubelou est tout aussi excellente et le public est séduit. A ne pas manquer !

 Nektarios – Georgios Konstantinidis

 Studio Mavromichali, 134 rue Mavromichali, Athènes. T. : 0030 2106453330.

Τετάρτη 5 Μαρτίου 2025

Élégie de mémoire de Nick Payne, traduction de Dimitris Kioussis, mise en scène de Fotis Makris

 


La mémoire, élément fondamental du fonctionnement général de la pensée, nourrit notre vie d’humains d’expériences spatio-temporelles: nous sommes d’abord tout ce dont nous nous souvenons. Notre plus grand effort: préserver cette identité, de la naissance, à la mort. Si l’on perd la mémoire, quelqu’un d’autre doit nous rappeler les visages et les choses, pour que notre vie conserve les fils d’une continuité nécessaire. Mais tout sera-t-il comme avant ?

Dans Élégie de mémoire (2016), le dramaturge britannique éclaire l’indicible douleur de celui qui porte seul le lourd fardeau des souvenirs. Tournant son regard vers un futur proche, il contemple l’Homme qui profitant des avantages de l’avancée des technologies et de la science, en payant souvent un lourd tribut. La pièce est fondée sur une condition hypothétique: articuler les dilemmes réels apparaissant à travers le temps dans les relations humaines.

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Lorna et Carrie sont unies par les liens du mariage depuis vingt ans. Elles s’aiment. Mais Lorna est atteinte d’une maladie de dégénérescence neuronale. Miriam, son médecin, lui propose alors un traitement salvateur pour éviter la fatalité. Cela lui permettra de vivre mais effacera une grande partie de ses souvenirs, en particulier les années passées avec sa femme qui seront effacées. La pièce est fondée sur des références médicales, ce qui renforce la tension dramatique, tout en évitant le mélodrame. Et Nick Payne a observé minutieusement la plus grande privation vécue par l’homme: à savoir ce gouffre incorrigible projeté sous forme exagérée par l’absence, la perte et le manque de l’Autre.
Le dramaturge gère brillamment le temps en déroulant les événements à l’envers: cela commence par la fin où Lorna, saine de corps, ne reconnaît pas du tout sa femme. L’enchaînement des scènes se fait donc à rebours et Nick Payne décrit de manière poignante les étapes d’une  décision douloureuse et met en lumière les limites de la bioéthique.

Dimitris Kioussis, avec un langage théâtral fluide et vivant, a su mettre en valeur dans sa traduction, les termes et explications scientifiques sur le langage expérimental. Fotis Makris qui signe une mise en scène bien-rythmée et les éclairages, insiste sur l’aspect spectaculaire et place les visages des interprètes à des postes de tir dans un environnement stérile et cauchemardesque, envahi d’écrans et de fils. Ces lumières exemplaires illustrent le traumatisme invisible d’un esprit dérangé. Images fortes d’une plaie ouverte.  Et nous avons aimé la précision et la dynamique de l’excellente vidéo de Foivos Samartzis qui a créé un espace à l’intérieur de l’espace, complétant ainsi de manière critique, les dialogues de Nick Payne. La musique de Nilos Karagiannis contribue à l’esthétique d’un environnement audiovisuel morbide  angoissant, voire proche de la terreur et Vassiliki Syrma a imaginé des costumes simples mais correspondant aux qualités des personnages.


Stella Krouska incarne avec sensibilité la psyché labyrinthique de Lorna et maîtrise les couleurs tonales de la voix dans les éclats dus à la maladie. Maria Tsima (Carrie) est profondément émouvante, quand elle capitule en silence, face à l’inévitable et elle souligne le sacrifice d’une femme qui aime sa compagne et qui veut le meilleur pour elle. L’actrice a su créer une sensualité à travers des vibrations intérieures impulsives. Fani Panagiotidou (Miriam) incarne ce médecin qui garde une distance par rapport à l’émotion  et qui accomplit son devoir avec une froide logique. Un rôle métonymique multidimensionnel où l’actrice met bien en valeur les thèmes de cette pièce. A voir.
 
Nektarios-Georgios Konstantinidis
 
Studio Mavromichali, 134 rue Mavromichali, Athènes.  T. : 0030 2106453330
 
https://www.youtube.com/watch?v=P4mT5mi4tTI
 

Κυριακή 19 Ιανουαρίου 2025

Conférence iranienne d’Ivan Viripaev, traduction d’Isabelle Konstantinidou, mise en scène de Christos Théodoridis


Une conférence de haute conception théâtrale vient détruire toutes les idées reçues sur un événement similaire. Conférence, un mot qui  sonne souvent comme un ensemble de discours académiques interminables, obscurs et ennuyeux, uniquement compréhensibles par les experts qui y participent. Conférence Iranienne (2018) une pièce mise en scène de façon exceptionnelle par Christos Theodoridis, ressemble  à un symposium scientifique aux implications et au point culminant, imprévisibles.

©Mike Rafail

©Mike Rafail

Le lecteur ou spectateur, constamment vigilant, identifie, approuve ou désapprouve, s’indigne et cherche anxieusement des réponses. Le titre de l’œuvre fait penser à celui d’une analyse politiques-clés sur la  difficile question de l’Iran et  sur la guerre géopolitique sévissant au Moyen-Orient.
L’action se déroule à Copenhague (Danemark) un pays «insouciant», dans l’amphithéâtre d’une université; quelques éminents orateurs développent leur point de vue avec ferveur, passion… et en toute sécurité, sur les suites désastreuses des guerres mondialisées. Ils n’ont jamais vécues personnellement ces situations mais s’appuient sur plusieurs sources d’information, en fonction de leur idéologie…

Contributions-monologues et dialogues parfois conflictuels mais toujours aux limites de la décence… propre à une institution universitaire. Les personnages sont ramenés à des corpus d’idées et représentent des positions socio-politiques et religieuses opposées. Une arène d’idéologies et visions du monde pour ceux qui arbitrent le destin des nations.
Les délégués aborderont ici des thèmes touchant plus largement à l’existence humaine, comme le rôle et la signification de la religion: Dieu existe-t-il et, si oui, fixe-t-il notre destin? Pourquoi permet-il qu’il y ait des injustices et inégalités sociales, et ses guerres où des gens sont tués ? Pourquoi les Droits de l’homme sont-ils violés? Pourquoi les femmes sont-elles encore vues comme inférieures aux hommes? Quelles sont les limites de la liberté de chacun? Quel rôle joue la chance dans la construction du bonheur? Quel est le secret de la réussite? Pourquoi l’amour n’existe pas ? Pourquoi la communication est-elle perdue et, en définitive, quel est le sens de la vie d’une femme ou d’un homme ?
Les neuf délégués, assis face public, prennent la parole devant les micros. Côté jardin, à un petit bureau, une secrétaire silencieuse (Xenia Themeli). Et côté cour, le dynamique Philip Rasmussen, professeur de relations internationales, chargé de présider les interventions et modérer les débats… Georges Kissandrakis joue ce personnage avec agilité et les spectateurs peuvent intervenir et poser des questions (certaines…préparées) et cette interactiai est intéressant.
Les travaux s’ouvrent sur la position froidement rationnelle de Daniel Christensen, enseignant de lettres classiques et activiste du mouvement international European Islam (Marios Manthou). Oliver Larsen, eneignant de théologie (excellent Michel Pitidis) va provoquer la première explosion. Mais avec un discours argumenté et un dynamisme qui étonne son interlocuteur, Astrid Petersen  journaliste militante des Droits de l’Homme (Eleftheria Angelitsa) prône la devise: « Vivre, apprendre le monde, penser librement et aimer ».
Emma Schmidt-Pulsen, épouse du Premier ministre danois, figure connue de la télévision et présidente de l’organisation caritative mondiale Inter Action  (Chryssi Bachtsevani) décrit avec éloquence et sensibilité, le bonheur qui se lit sur le visage des pauvres habitants d’un hameau péruvien, en contraste avec l’anxiété et la vacuité de l’existence de riches Occidentaux.
L’analyste politique Magnus Thomsen (incarné avec une riche expressivité par Paris Alexandropoulos) a des idées racistes d’extrême droite. L’acteur révèle avec franchise le traumatisme psychique de son personnage  qui, enfant, a subi les attouchements d’un prêtre son enfance.
Gustav Jensen, philosophe et écrivain danois est remarquablement joué par Dimitris Mandrinos et le Père Augustin de l’Église évangélique luthérienne danoise se lance dans une allocution extravagante (Aris Laskos). Mais l‘aspect de la conférence change quand arrive Pasqual Andersen, chef de l’Orchestre national (Vassilis Triffoultsanis). Il a une présence subversive et des gestes significatifs)
Le discours final est prononcé par la poétesse iranienne Shirin Shirazi. Lauréate du Nobel, libérée après vingt ans d’assignation à résidence, elle a vécu sous le régime autoritaire du pays, le thème de cette  conférence. Niki Chryssofaki, captivante, l’interprète avec simplicité.
Difficile de retranscrire les émotions intenses ressenties quand le chef d’orchestre donne le signal: l’un après l’autre,  les délégués se lèvent et tous se lancent dans une bacchanale, apogée d’un tourbillon scénique. Sur une chorégraphie de Xenia Themeli, les acteurs  mettent les sens en émoi, sans aucune exagération.  Et tout le public a alors  envie de se lever et danser ! Nous attendons avec impatience que soit publiée la traduction d’Isabelle Konstantinidou. Une expérience théâtrale cathartique à ne pas rater !
 
Nektarios-Georgios Konstantinidis
 
ΠΛΥΦΑ, Bâtiment 7 A, 39 rue Korytsas, Votanique, Athènes. T. : 0030 2103473642.

Δευτέρα 2 Δεκεμβρίου 2024

Débrayage de Rémi De Vos, traduction d’Ersi Vassilikioti, mise en scène de Vassilis Triantafyllou


Les écrivains veulent souvent faire tenir l’immensité du monde sur une feuille de papier en adoptant un langage poignant, accusateur, souvent tonitruant et sans complaisance. Écrite dans un élan de jeunesse, avec des mots martelés: cris de rage, indignation et désespoir, la première pièce (1994) du dramaturge, au titre caractéristique, incite clairement le lecteur, auditeur ou spectateur à réagir, à lever le poing de la résistance et à donner le signal d’une rébellion dont la matière première est son Golgotha personnel au quotidien.

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Rémi de Vos montre l’hésitation du citoyen craintif et soumis. Comment faire grève? Comment s’opposer à l’injustice et comment enfin  se révolter, quand on a des enfants, des dettes et obligations ? Dans les treize instantanés numérotés de cet auteur français (peu importe l’ordre où ils sont joués), défilent les personnages familiers qui habitent le monde moderne et qui revendiquent une place au soleil, avec une vraie vie plutôt qu’une survie.
C’est un essai théâtral sur le rôle du pouvoir dans les relations humaines, au lit, au bureau, dans la rue… Avec scepticisme et amertume sur le «triomphe de la vulgarité de l’argent, de la mode, des faux-semblants, du glamour, de la laideur, de la pornographie…»

Rémi de Vos ne mâche pas ses mots et parle clairement des inégalités sociales, du chômage, de la concurrence déloyale imposant flatterie, délation, horaires inhumains et conditions de travail épuisantes. Dans un système capitaliste impitoyable, tout se mesure en termes de profit. « C’est simple comme une équation : plus d’argent, plus de vie. Dis-moi combien tu gagnes, je te dirai combien tu es.»
Vassilis Triantafyllou met bien en valeur le riche discours sémantique de Rémi de Vos, en alternant adresse au spectateur et utilisation du « quatrième mur »… Il arrive à créer ainsi une relation dialectique entre auteur et public. La mise en scène a un bon rythme et il passe sans effort, d’un moment à l’autre, et invente un langage audiovisuel avec des images signifiantes comme la lutte érotique de corps asexués,  et des sons. L’inclusion des paroles:  « Tais-toi, ne parle pas » de l’écrivain et dramaturge  turc Aziz Nesin (1915-1995) est, à un moment-clé de la représentation, tout à  fait pertinente.
La tempête d’images-un mur vidéo 3 D de Michalis Pastras-complète de manière critique l’aspect invisible des significations, en soulignant les rythmes étouffants des grandes villes modernes où le temps est de l’argent. La musique de Nikolas Gale est en relation étroite avec les lumières de Yorgos Ayannitis: elles se concentrent sur l’événement attendu et surtout sur sa subversion, pour agir comme catalyseurs d’émotion et forces motrices du tourbillon de l’esprit. Alexandros Davilas, Alexandros Theodoropoulos, Evangelia Kalogianni, Emmanouela Karytinou, Niki Koutelieri, Maria Bati et Vassilis Triantafyllou se partagent les personnages avec une véritable unité de jeu et un  bel esprit d’équipe.
 
Nektarios-Georgios Konstantinidis
 
Théâtre Noūs-Creative Space, 34 rue Troias, Athènes.  T. : 0030 2108237333.

Πέμπτη 7 Νοεμβρίου 2024

Les Créanciers d’August Strindberg, traduction d’Elsa Andrianou, mise en scène d’Aris Troupakis

 


Cette pièce tendue et ramassée commence sur le ton de la comédie et finit par un dénouement tragique inattendu mais fort bien amené. L’écrivain suédois y exprime toutes ses souffrances et ses conceptions radicales du couple et de la femme.

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©Xatoupi Sofianos Daneistes

Dans le salon d’un hôtel en bord de mer, deux hommes se retrouvent : ils ont aimé la même femme et en parlent. Gustaf (Philippos Sofianos), un professeur âgé, a été le premier mari et le pygmalion  de Tekla (Dimitra Chatoupi).  Adolf (Yorgos Stavrianos), plus jeune, a ensuite épousé Tekla et lui a apporté un autre enrichissement personnel et la fit socialement progresser. N’est-elle pas devenue une écrivaine à succès ?
Mais Tekla a repris sa liberté. N’a-t-elle pas des dettes envers ces amants qui ont fait d’elle une personne aujourd’hui estimée et reconnue ? Comme le pensent ces hommes, Tekla a pris chez eux tout ce dont elle avait besoin, tel un vampire. Ainsi ne les a-t-elle pas volés, diminués, spoliés ? Ils sont ses « créanciers ».

Gustaf manipule Adolf pour qu’il prenne pleinement conscience du mal qui lui a été fait et qu’une vengeance soit ourdie. Mais il joue un double jeu et est sans pitié pour Adolf, diminué par des crises d’épilepsie et il veut reconquérir Tekla qui face à leur hostilité, dispose seulement de son intelligence et de sa passion pour la liberté. Décor minimal avec juste quelques accessoires nécessaires à ce huis-clos. La mise en scène est rythmée et chaque silence, significatif. Les excellents comédiens soulignent bien le jeu de manipulation et les rapports entre les deux sexes, lestés de créances et dettes mais sans reconnaissance ni remise. Un spectacle de  grande qualité dans un théâtre-bijou d’Athènes !
 
Nektarios-Georgios Konstantinidis
 
Théâtre EΛΕΡ, 10 rue Frynichou, Athènes. T. : 0030 211 7353 928
 
https://www.youtube.com/watch?v=T1ekey0TSys



 

Παρασκευή 30 Αυγούστου 2024

Hamlet de William Shakespeare, traduction de Georges Chimonas, mise en scène de Themis Moumoulidis


La célèbre pièce, connue dans le monde entier, a fait l’objet  d’innombrables lectures-interprétations. Et il y a autant d’Hamlet que de commentateurs, metteurs en scène, interprètes, spectateurs… C’est la tragédie d’un esprit noble et éclairé qui se rebelle, quand s’ébranlent toutes ses croyances personnelles, philosophiques et politiques.

C’est si terrible et sa méditation sur les ruines, si irrépressible, qu’elle le paralyse et le conduit à s’auto-détruire.  Une libération et une rédemption pour cet étudiant en philosophie qui recherche passionnément la vérité et, qui  en homme éminent de la Renaissance, doute de tout. Cet Hamlet est poussé par un amour de la connaissance théorique, mais aussi par la tragédie personnelle qu’il vivra : obtenir une vengeance dictée par le fantôme de son père tué par l’amant de sa mère.
Proche d’Œdipe, non au sens freudien mais parce qu’il lutte passionnément  comme lui, pour apprendre la vérité et qu’en l’apprenant, il se détruit lui-même. La question existentielle « Vivre. Ne pas vivre.» englobe la question « Agir ou ne pas agir. », même contre soi-même.
Mais à quoi bon pour Hamlet, puisque selon lui,  l’action ne peut avoir d’effet sur rien, et que l’inaction aboutit au même résultat: une incapacité à réparer les choses et à changer un monde qui ne vaut pas la peine d’être vécu s’il n’est pas changé….


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Georges Chimonas
  a donné en 1988, un nouvel élan au texte de Shakespeare, en créant un discours théâtral  à plusieurs niveaux. Ce qui permet aux acteurs d’évoluer avec aisance dans l’interprétation linguistique et para-linguistique des rôles.

Sa traduction a guidé Themis Moumoulidis qui met en scène un spectacle vivant et rapide de cette pièce qui devient compréhensible par un large public.



Themis Moumoulidis lit et fait clairement ressortir les plis complexes du texte shakespearien, tout en cultivant le suspense et l’attention du public.
Il y a ici une attention portée aux détails  et l’environnement sombre, mystérieux et menaçant capture la psyché des personnages. En imaginant une scénographie avec d’ingénieuses cachettes,  Mikaela Liakatas sert les nuances sémantiques du mouvement de Patricia Apergi, rehaussé par la musique de Stavros Gasparatos.  Eclairages-clés de Nikos Sotiropoulos, costumes de Vassiliki Syrma, vidéos de Thomas Palyvos et travail à l’épée d’Anastassis Roilos incarnant Hamlet de manière évolutive et profonde vers les multiples dimensions de l’âme: Themis Moumoulidis a bien choisi ses collaborateurs et ses interprètes.
Ioanna Pappa (Gertrude) se distingue par sa maturité expressive. Michael Syriopoulos (Claudius) montre toute la tromperie et le cynisme du personnage. Thodoris Skyftoulis (Polonius, Le Fossoyeur) et Thanassis Dovris (
Rosencrantz, Vernardios, Premier Acteur, Le Roi, Le Prêtre, le Capitaine, Osric) sont très à l’aise  dans tous leurs rôles. Marouska Panagiotopoulou (Guildenstern, Le Reine, La Dame), Jenny Kazakou (Ophélie), Aris Ninikas (Horace) et Dimitris Apostolopoulos (Laertes, Lucian, Marcellus, Fortebras) complètent bien cette distribution.

 
Nektarios-Georgios Konstantinidis
 
Le spectacle est actuellement en tournée en Grèce.
 
https://www.youtube.com/watch?v=FuF0l2iCPWc  

Τρίτη 14 Μαΐου 2024

Le Rêve de l’Ionie, à travers Les Journaux intimes des soldats de la campagne d’Asie mineure d’Antonis Kyriakakis, adaptation de Haris Valassopoulos, mise en scène d’Antonis Kyriakakis et Giorgos Paterakis

Ce texte est fondé sur les journaux intimes des soldats pendant la campagne d’Asie mineure, un événement historique qui, dans la conscience historique, est resté presque invisible à côté de la phase ultime de la deuxième guerre gréco-turque, avec le massacre ou l’expulsion des populations chrétiennes d’Asie Mineure. 

En Grèce même, elle provoqua d’importants bouleversements politiques (coup d’État de 1922, Procès des Six, etc.) et aboutit finalement à la chute de la monarchie en 1924. C’est  la plus grande tragédie de l’hellénisme au XX ème siècle.

Mais cet événement montre comment cette catastrophe s’est produite. Le soutien des grandes puissances étrangères à Elefthérios Venizélos, les conquêtes de l’armée grecque en Asie mineure, le traité de Sèvres, la tentative d’assassinat d’Elefthérios Venizélos, les élections de 1920 et le changement de direction politique et militaire en Grèce qui suivit, la décision de poursuivre la campagne, le changement d’équilibre diplomatique, la stagnation et la retraite de l’armée grecque ont été des événements interconnectés d’une grande importance, au niveau national et international. Ces Journaux intimes sont donc une source d’une valeur unique: ils reflètent directement la manière dont les soldats ont vécu ces faits historiques.

Les metteurs en scène utilisent tout un matériel dramaturgique pour créer une représentation fluide qui attire l’attention du public sur les discours anti-guerre et souligne la relation volatile entre la victime et l’auteur du crime. Commençant en sourdine puis  allant  crescendo, ce spectacle montre toute la gamme des abus subis par les humains pendant la guerre, tout en s’élevant  contre la violence de genre (un clin d’œil aux féminicides!).


Tassos Tziviskos (Nikitas), Vassilis Kalfakis (Nikolas), Kostas Koutroubis (Miltiades) et Markos Gettos (Anastasis) racontent ces histoires et interprètent aussi avec une riche palette d’émotions, leurs personnages: celle de gens ordinaires confrontés à la brutalité de la guerre et à la division d’un pays  qui s’est trouvé dans une impasse économique et politique absolue. Lena Bozaki (Kori) représente  avec une gestuelle précise, ces femmes dominées par les hommes et dit ainsi toute l’humiliation subie par leur corps.

Anthi Founda a choisi comme seuls éléments scénographiques, des bottes de paille pour suggérer tranchées et guérilla. Leur déplacement constant au cours de la narration marque les changements d’espace et de temps. L’accumulation et la chute brutale de ces bottes symbolise aussi le nombre sans cesse croissant de soldats et civils tombés au combat… La musique d’Alexandra Katerinopoulou et les éclairages de Katerina-Maria Saltaoura suggèrent l’horreur des actes atroces que tout peuple a subi et Efthymis Christou- c’est ici important- a dirigé le mouvement des comédiens. 

Un spectacle à ne pas manquer !

Nektarios-Georgios Konstantinidis

Théâtre Choros, 6-8 rue Praviou, Athènes, T. : 0030 2103426736.

 

Σάββατο 20 Απριλίου 2024

Le Roi Lear de William Shakespeare, traduction-adaptation de Stratis Paschalis, mise en scène de Stathis Livathinos


L’intrigue de cette tragédie rappelle celle d’un conte populaire, ou d’une parabole évangélique. Un vieux roi distribue richesse et pouvoir à ses filles Régane et Goneril, hypocrites et ingrates mais déshérite Cordelia la plus jeune, honnête et sincère. 
Lear,  tyrannique, vaniteux, égoïste et têtu  mais sûr de sa grandeur, de sa puissance  absolue et de son omniscience, croit  qu’il est presque un dieu et qu’il a le droit de manipuler à volonté, les gens et leurs émotions.

William Shakespeare écrit ici une allégorie sur l’arrogance du pouvoir et sur la folie humaine. La grande passion et le tourment de Lear sont le purgatoire d’un homme qui découvre les grandes vérités de la vie et du monde, après avoir gravi toute l’ascension de la souffrance, causée à la fois par sa propre folie et la barbarie sociale… à laquelle il a amplement contribué.

Stratis Paschalis a écrit une version moderne et condensée de la célèbre pièce en vingt-six scènes et en un seul lieu, sous une immense coupole étoilée. Les époux des filles de Lear, d’autres rôles mineurs et une partie de la rhétorique exubérante de l’original sont absents. Et Kent et le Fou réunis en une seul personnage. Mais rien ne trahit le style et l’esprit du discours poétique. 
Stathis Livathinos a gardé l’essence  de la pièce et met en scène un XXI ème siècle dominé par la technologie numérique et les écrans.  L’homme est captif d’une réalité virtuelle qui l’aliène de son prochain: une nouvelle forme de maladie… Et ce Lear qui n’a pas de trône, souffre, dans un service de soins intensifs en perpétuel mouvement.

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Hélène Manolopoulou a imaginé un environnement morbide et suffocant, avec nombreux écrans au centre de la scène où des câbles interminables délimitent et submergent l’espace. Les vidéos de Christos Dimas et les éclairages centraux d’Alekos Anastassiou capturent l’invisible et l’indicible du monde mental des personnages. Télémaque Moussas  crée un environnement sonore renforçant le mystère et un climat menaçant, tout en soulignant la contribution de la Nature, dans la confrontation de Lear avec le monde.

Betty Arvaniti, grande comédienne grecque, souligne de manière évolutive et approfondie la cruauté, l’autoritarisme, l’ arrogance, la folie et la dimension tragique de ce Lear qui marche vers sa perte. Nikos Alexiou joue  avec agilité et  précision Kent et le  Fou. Antonis Giannakos (Edgar) incarne avec souplesse, un désespoir confinant à la folie.

Nestoras Kopsidas (Gloucester) exprime sans détour l’expérience de la trahison, de la tromperie et de l’abus que subit ce personnage théâtral et exprime  la relation conflictuelle entre le bien et le mal et Gal Robissa, est impressionnant en aventureux Edmond, avec un mouvement éloquent et un cynisme exemplaires.

Erato Pissi (Cordélia), Eva Simatou (Régane) et Virginia Tabaropoulou (Goneril) sont, avec clarté et poésie, des figures symboliques  et elles agissent comme des vases communicants, mais aussi comme une loupe qui montrerait sous un jour encore plus repoussant, le visage de ce père tyrannique et abusif. Un spectacle à ne pas manquer !


Nektarios-Georgios Konstantinidis

Théâtre de la rue Kefallinias, 18 rue Kefallinias, Athènes, T. : 0030210 8838727.

 https://www.youtube.com/watch?v=aErWvcVbwVI



 

Τρίτη 26 Μαρτίου 2024

Du Sexe de la femme comme champ de bataille de Matéi Visniec, traduction de Natasha Sideri, mise en scène de Stelios Patsias

Peu après la guerre en Bosnie, l’auteur a écrit avec fougue en trente scènes, cet essai théâtral dense où il analyse en détail les pensées, arguments, conclusions  sur la complexité de la psyché avec une tendance à la méchanceté…

Le dramaturge roumain francophone, malgré ses accusations trouve finalement un exutoire dans un scepticisme optimiste qui apaise le traumatisme. Un enfant à naître est toujours innocent et suscite l’espoir de lendemains meilleurs sans calamités, ni sans ni larmes, bref, sans tous les malheurs dus à l’absence coexistence pacifique à l’échelle planétaire depuis l’origine du monde.

Comme l’indique clairement le titre, Du sexe de la femme comme champ de bataille, le thème principal est ici la violence de genre, ses perceptions stéréotypées et les conséquences dévastatrices qu’elle a sur la vie des gens, quelle que soit la situation spatio-temporelle. Les femmes sont totalement dévalorisées et doivent servir  aux objectifs de vengeance, ici révélés les instincts sombres et sexuels. Dans ce conflit civil, le viol de la femme par un ou plusieurs combattants, est une tactique militaire écœurante pour humilier moralement l’ennemi.

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Les deux femmes ici expriment la solidarité contre la maltraitance, retraçant toutes les étapes de l’obscurité, à la lumière. Dorra a été violée et porte dans son ventre un enfant: son père est la guerre et sa mère, dans l’horreur. Au fil des séances avec la psychologue américaine Kate, confrontée elle aussi à ses propres blessures, elles prendront les décisions qui changeront leur vie.
Nous avons relu le texte en français et la traduction en grec de Natasha Sideri est solide. Stelios Patsias le met en scène avec ingéniosité, en soulignant l’esthétique du texte, partant du réalisme jusqu’au rêve-fantaisie, à un absurde à la limite du grotesque, voire du macabre.
L’espace scénique (décor et costumes de Maria Palanza) est simple : au centre du plateau, un lit d’hôpital et au sol, une ligne claire délimitant le lieu d’action: comme la mosaïque de l’institution thérapeutique ou les tranchées. Nicole Dimitrakopoulou (Dorra) et Sophia Palanza (Kate) incarnent avec une grande fluidité ces personnages. Elles nous donnent l’impression de mondes psychiques grand ouverts. Leur style de jeu à l’humour caustique, est adapté à une « philosophie du mais » où hypocrisie, racisme, intolérance, suspicion et  duplicité de chaque Balkan à l’égard de son voisin différent, sont mis à nu.

Les personnages lèvent de façon répétée un verre de vin et cela culmine  à la fin avec une chute abrupte du texte. L’alternance d’éclairage-clés de Nafsika Christodoulakou et la composition musicale de Giorgos Kassavetes créent une  menace rampante et une terreur, en renforçant le caractère invisible des mots et de certains événements.
Stelios Patsias met en scène un enfant à naître exigeant nourriture, caresses et affection de sa mère à travers son utérus, menaçant de crier s’il en est privé. Antonis Papadakis et Lefteris Katahanas, à moitié nus, avec un masque sinistre, créent une image puissante… Nous avons alors des sentiments mélangés de compassion pour le fœtus, et de malaise devant le monde misérable qui va être le sien… A ne pas manquer !

 Nektarios-Georgios Konstantinidis

Théâtre Choros, 6-8 rue Praviou, Athènes, T. : 0030 2103426736

https://www.youtube.com/watch?v=JIOxe5xLQ2I