Παρασκευή 20 Μαΐου 2022

Campagne de Mihalis Virvidakis, mise en scène de Georges Skevas

 


Ce metteur en scène et auteur dramatique a suivi l’école de Pelos Katselis à Athènes et a débuté comme acteur et assistant à la mise en scène. En 1991, il crée sa compagnie Mnimi et dix ans plus tard, s’installa à La Canée en Crète, où il fonda un atelier d’art et jeu dramatiques. Avec les comédiens qui y sont formés, il mène des recherches scéniques et au Kydonia, lieu permanent de sa compagnie depuis 2002, il monte des textes de Samuel Beckett, Harold Pinter, David Mamet, Thomas Bernhard, Jon Fosse, Peter Handke, Lars Norén… Il a écrit La Lune et la Lire, primé au concours annuel 197 d’écriture dramatique des jeunes auteurs en 1987, Phares allumés sur la nationale, une pièce créée dix ans plus tard au théâtre de Lefteris Voyatzis en 1997 et qui a été élue meilleure pièce grecque à la Bonner Biennale en 1998 et De Natura.



Cette quatrième pièce sous-titrée Une Histoire de Noël  est une allégorie poétique en quinze tableaux et deux actes sur la notion d’identité nationale, les problèmes de corruption, les injustices, hypocrisies et mensonges des politiciens, la crédulité et les superstitions du peuple, les impasses et vérités enterrées de notre société… Dans cette histoire dite policière à la théâtralité de haut niveau, , l’écrivain nous livre ses réflexions socio-politiques et ses angoisses sur l’avenir de la Grèce. Avec sept personnages aux scènes en mosaïque-miroir dans un microcosme villageois, loin de grands centres cosmopolites luxueux. Mais cela peut aussi se passer là n’importe où victimes et bourreaux s’entrecroisent avec des les limites peu discernables entre eux…

Trois jeunes d’un village, le fils d’un député, celui d’un pope qui bégaie et un rebelle qui se déclare anarchiste, vont préparer le cambriolage d’une banque. Chacun a ses raisons, le premier veut se venger d’un père autoritaire et hypocrite, l’autre pour acquérir le respect de ses amis et le dernier pour défendre une idéologie contestataire.

L’écriture scénique de Georges Skevas est d’une clarté et d’un réalisme qui traduit bien l’esprit du texte. L’éclairage occupe ici une place-clé en définissant les changements d’espace et en reflétant les arrières-pensées des personnages. Les comédiens créent des personnages complexes au corps agile et oscillent entre le dramatique et le comique. Nous avons de bons dramaturges en Grèce et en sommes fiers ! 

Nektarios-Georgios Konstantinidis

Théâtre de la rue Cyclades-Lefteris Voyatzis, 11 rue Cyclades, Athènes. T. : 00302108217877

Τρίτη 17 Μαΐου 2022

Labor d’Anthi Tsirouki, mise en scène d’Emilie Louizou


Dans cette pièce de la  jeune dramaturge, un couple de médecins en chirurgie esthétique, isolé et stérile, «adopte» un jeune amnésique auquel il a tendu un piège quand, après un accident, il avait sonné à leur porte. Le couple fera renaître ce jeune homme selon ses conditions,  et il deviendra leur fils… 

Ici, la metteuse en scène a renforcé l’atmosphère de thriller dystopique et de suspense, avec toute la terreur et le macabre nécessaires. Le maquillage accentue le résultat de leur obsession à intervenir sur le corps humain et à le transformer pour vaincre le temps qui passe. Grâce au décor et aux éclairages, Emilie Louizou réussit à créer un univers aseptisé et à susciter l’émotion.

Stelios Mainas et Ioanna Pappa forment un couple exceptionnel à l’esprit malsain et le jeune comédien Orestis Chalkias est cette victime d’amnésie  à la candeur sensuelle. La pièce a été sélectionnée avec d’autres,  au séminaire d’écriture théâtrale qui a été donné au  Poreia, dirigé par ces dramaturges reconnus que sont Vaggelis Hatzigiannidis et Thanassis Triaridis. A ne pas manquer !

 Nektarios-Georgios Konstantinidis 

Théâtre Poreia, 3-5 rue Trikorfwn, Athènes, T. : 0030 2108210991  

https://www.youtube.com/watch?v=kwJBr6Voftg&t=12s

Mrs Dalloway d’après le roman de Virginia Woolf, performance du Ginger Creepers Theater Band


Dans ce roman célèbre publié en 1925, l’écrivaine britannique décrit une journée de Clarissa Dalloway, une femme de la haute société dans l’Angleterre, après la première Guerre Mondiale. Avec, comme thème principal: l’altérité, qu’il s’agisse de soi face aux autres ou d’un face-à-face entre soi et soi-même. Mrs Dalloway apparaît comme une personnage mondain, puisqu’elle prépare au cours de la journée une réception qui aura lieu à la fin du roman. Elle est alors en représentation et joue son rôle d’hôtesse de maison comme un chef d’orchestre.

Bien qu’il s’agisse de la même personne, il y a une distinction entre la Clarissa représentée dans son intériorité et comme une personne qui pense et qui sent. Et cette Mrs Dalloway qui est le moi public du personnage, avec une situation civile et sociale.  Cette crise existentielle au cœur du roman, laisse des zones d’interrogation, notamment quant aux raisons ayant poussé Clarissa à quitter l’homme qu’elle aimait, pour se marier avec un inconnu qui, lui, « présente bien ».

Grigoris Hatzakis a crée ce spectacle où la musique joue un rôle primordial, sur la scène de Parenthèse, une nouvelle salle d’art. Metteur en scène toujours inventif, il a mis la scission du personnage au centre de cette adaptation et il nous surprend avec des trouvailles comme des descriptions au micro. Au fond du plateau, un projecteur et, au centre, un synthé, un rétro-projecteur avec écran, des plantes vertes, un aquarium et des oranges en vrac.  Dora Pardali et Hélène Sidirokastriti incarnent, avec un jeu plein d’énergie et de fantaisie, cette héroïne aux deux facettes et elles se complètent bien. A la fin, nous avons envie de danser et sortons réjouis  par ce happening… proche de l’esprit moderniste de Virginia Woolf ! 

 Nektarios-Georgios Konstantinidis 

 Salle d’art Parenthèse, 3 rue Dionissiou Efessou, Athènes, T. : 00306943648438

Δευτέρα 16 Μαΐου 2022

Aphrodite de Pavlos Matessis, adaptation et mise en scène de Katerina Klitsioti et Sophie Koroni


Cet auteur, né en 1933 et disparu en 2013, a écrit des pièces, des romans et fait plusieurs traductions remarquables. Il se disait homme de théâtre mais prétendait qu’en prose romanesque, il n’était qu’ «un passager clandestin». Dans cette nouvelle (1986), il traite de la relation, implacable et possessive avec ses deux fils, d’une mère quittée par son mari et devenue l’amante de son patron. Aphrodite a été, et cela dès sa naissance, toujours opprimée, humiliée et sous les ordres et les insultes d’un homme.

Une écriture proche de celle d’un thriller et d’un roman oscillant entre deux langages: l’un poétique, et l’autre cru et cynique, pour dire le manque d’amour et la possession enragée de liens familiaux. Les metteuses en scène alternent narration et dialogues d’une intensité remarquable et le rituel qui sous-tend cette pièce renforce encore le suspense, sur fond de violence incestueuse mais sans choquer le public.

L’excellent Giorgos Doussis joue un des deux fils et l’amant-patron, avec une expression virile. Vassilis Hatzidimitrakis montre adroitement les nuances des sentiments qu’éprouve l’autre fils, assez traumatisé. Et Sophie Koroni incarne Aphrodite avec verve et fébrilité. Ce spectacle, miroir de notre société, pose la redoutable question de la responsabilité des nombreux féminicides actuels.

Nektarios-Georgios Konstantinidis

Théâtre Bios, 84 rue Peiraiws, Athènes, T. : 0030 210 3425335.

Σάββατο 14 Μαΐου 2022

L’Aile, performance d’Hélène Mavridou


Dans une clinique d’accouchement, trois portes et une salle vitrée. Va et vient continus des médecins, aides-soignantes, infirmières dans la pénombre. Mais peu de paroles. Une naissance est le point de départ du spectacle. Un bébé est arrivé et nous allons suivre suivre ses parents jusqu’ à la sortie de la clinique.  Il y a ici un mélange de cris de joie et chuchotements mais aussi de soupirs de douleur. Vacarme d’enthousiasme autour d’un nouveau né mais aussi des signaux d’alarme : un bébé est en train de mourir… L’accouchement est représenté comme une bataille, avec les petits moments d’une journée ordinaire d’une clinique où alternent moments de bonheur et de malheur.

Une sage-femme avec masque qui se distingue des autres personnages, se vante d’une voix stridente d’avoir fait naître plus de mille deux cents enfants. Ses courts monologues pleins de douceur mélancolique qui reviennent par bribes tout au long du spectacle, soulignent l’importance de son métier pour elle. C’est toute sa vie : une vocation, une vraie mission et chaque jour, elle suit de près la lutte acharnée des nouvelles mères qui accouchent et les encourage de ses conseils et son expérience. Et quand les mères partent de la clinique, elle reste seule et attend les suivantes : la vie continue… L’aile est son royaume.

Hélène Mavridou parle de la représentation du corps naissant, et du corps accouchant, à travers des images très fortes au symbolisme clair et elle trace bien la ligne de démarcation entre l’éphémère de la vie et la peur de la mort. Il y a des instants très forts avec un fauteuil roulant, un aquarium sur un brancard ou la petite robe dont accouche une femme, seul signe marquant que le bébé est féminin.

Ce spectacle d’une poésie incontournable explore divers aspects de la maternité à travers des scènes qui font rire et d’autres, violentes, avec sang, sueur et larmes. Ces instantanés d’accouchements quotidiens, familiers mais aussi étrangers à la fois où le rituel, la mémoire, les souvenirs et les témoignages ont une place primordiale. Avec des clins d’œil à Anton Tchekhov et Samuel Beckett…Un bel hommage à la maternité et une réflexion pleine d’émotion sur la naissance. A ne pas manquer. Joël Pommerat serait ravi de cette efficace écriture, dite de plateau! 

Nektarios-Georgios Konstantinidis 

Théâtre Choros, 6-8 rue Praviou, Athènes, T. :0030 2103426736 

https://www.youtube.com/watch?v=lOefqubpS1I 

Παρασκευή 13 Μαΐου 2022

10: La Liberté a besoin d’un arrosage quotidien, mon amour,chorégraphie d’Artémis Lambiri

 


«Sans liberté, nos vies sont une petite mort.» Une phrase qui a inspiré cette artiste pour créer  un spectacle collectif avec la MAN Dance Company. Avec pour thème, la notion existentielle du mot liberté dans ce dur post-covid en Grèce comme ailleurs.

Une œuvre sans paroles mais posant nombre de questions: que signifie exactement liberté et quelles en sont les limites? Quelles sont nos peurs et nos inquiétudes, face au regard critique de l’autre,forcément différent de nous? Qui gagne et qui perd dans ces relations complexes ? La liberté est un droit mais, dans la routine de la vie quotidienne, elle change tout le temps de formes et de couleurs.

Ce spectacle traite de la valeur des choses: l’individu souffre aujourd’hui souvent de comportements humiliants, comme le mépris de l’autre qui peut être un associé, un collaborateur, voire un partenaire…Alors qu’il fait tous ses efforts pour avoir une « situation » qui en vaille la peine.

Dix danseurs sur une scène vide «racontent» grâce à une remarquable gestuelle, dix histoires apparemment ordinaires, mais tout à fait uniques. Celles de gens qui cohabitent et qui cherchent à créer un espace commun. Les corps des danseurs sont expressifs et énonciateurs de messages vibrants. A partir d’improvisations dont la signification est claire, ce spectacle arrive à nous toucher profondément… 

 Nektarios-Georgios Konstantinidis

Jusqu’au 17 mai, Thission-Un Théâtre pour les arts, 7 rue Tournavitou, Athènes.T. : 00302103255444.

Δευτέρα 7 Φεβρουαρίου 2022

Les Héraclides d’Euripide, traduction en grec moderne de Kostas Varnalis, mise en scène de Kostas Papakonstantinou et Artemis Grymbla


Une tragédie écrite en 430 av. J.C. mais rarement jouée. Pourtant très actuelle, puisque fondée sur le thème de l’asile politique et sur l’inviolabilité du demandeur ou « suppliant »… Et elle pose la question de savoir  en quoi consiste la liberté d’un pays et son attitude à l’égard de ceux qui attentent à son intégrité ou qui essaient de lui imposer des lois qui ne sont pas les siennes. 

Dans Les Héraclides, l’action en deux parties peu liées entre elles, semble, à plusieurs endroits, lacunaire et plate. Avec un chœur nombreux et des personnages principaux qui sembler sans grand intérêt  leurs interprètes.  Eurysthée exerce une persécution sur les enfants d’Hercule après la mort de leur père  mais ils trouvent  asile à Athènes auprès du roi Démophon, fils de Thésée. Les Héraclides, conduits par le vieil Iolaos, l’ancien compagnon d’Hercule, se sont réfugiés au pied de l’autel de Zeus, à Marathon.
Un héraut d’Eurysthée vient les en arracher et Démophon prend leur défense. Le héraut se retire en menaçant les Athéniens de la guerre, au nom d’Argos et de son roi. Un oracle prédit que, pour gagner la guerre, il faudra sacrifier une jeune et noble vierge de noble. Macaria, une des filles d’Hercule accepte de se sacrifier. Les Athéniens gagnent la guerre et captivent Eurysthée qu’ils remettent entre les mains d’Alcmène, la mère d’Hercule, qui fait partie, elle aussi, des réfugiés. Contre les coutumes athéniennes qui respectent la vie des prisonniers de guerre, Alcmène ordonne pourtant la mort d’Eurysthée. 

Cette tragédie est faite de changements extrêmes, retournements subits, voire improbables… Des vieux redeviennent jeunes, des jeunes perdent leur vie en se sacrifiant à l’autel d’un dieu sanguinaire, des rois sont prêts sous la pression des événements, à renier leurs promesses et à offenser les coutumes de leur pays qu’auparavant, ils défendaient passionnément. Et les ennemis se révèlent être, sinon des amis, du moins plus utiles que des amis qui, eux favorisés, se montreront vite très malfaisants. Loin de toute idée de xénophobie, Euripide attire notre attention sur la nature changeante des humains, plus que sur  l’exil et l’immigration. 

Kostas Papakonstantinou et Artemis Grymbla  recréent le mythe lui-même et la violence de cette pièce avec un sens caustique. Ils veulent réveiller la conscience politique du public et donnent à ces Héraclides un sens compréhensible à nos contemporains, en actualisant le texte et en créant des rapports dialectiques entre passé et présent.  Des pans de coton blanc représentent l’espace de l’autel et sur le plateau, un seul accessoire: une branche… Cinq acteurs, eux aussi tout en blanc, jouent avec passion les huit personnages de cette tragédie. La musique, les paroles de la chanson, les fortes lumière font sens et renforcent la belle théâtralité de ce spectacle.  

 Nektarios-Georgios Konstantinidis 

 Théâtre Olvio, 7 rue Falaissias, Votanique, Athènes. T. : 0030 2103414118