Δευτέρα 2 Σεπτεμβρίου 2019

Prométhée enchaîné d’Eschyle, traduction en grec moderne de Dimitris Dimitriadis, mise en scène de Stavros Tsakiris

Dans le monde d’Eschyle, les Dieux commandent et sont arbitres souverains; leur toute-puissance n’a pas de limites et peut intervenir en bien ou en mal, et à chaque instant. Et, indéfiniment, Eschyle s’efforce de comprendre et d’interpréter cette toute-puissance en termes de faute et de châtiment. 
Mais dans cette tragédie, la puissance de Zeus n’a rien à voir avec la justice et semble tyrannique  et on dirait même à certains égards que c’est un réquisitoire d’Eschyle contre la divinité. Il fait du Titan un héros: selon la tradition, il avait dupé Zeus et lui avait dérobé le feu, tous les arts et toutes les sciences, pour les donner généreusement aux hommes.
En châtiment, le jeune maître de l’Olympe, Zeus le fait clouer sur un rocher, loin de tous. Ce Prométhée est une victime dont ont pitié  le chœur des Océanides  et Eschyle n’a pas hésité à introduire une autre victime, Io, une jeune fille changée en génisse et poursuivie de continent en continent, par une colère qu’elle n’a rien fait pour mériter. Entre ces deux victimes, il n’y a aucune place pour la justice divine…
Cette célèbre pièce a servi de source aux poètes qui ont voulu chanter la révolte de l’homme maltraité par les dieux. Stavros Tsakiris crée ici un spectacle imposant et, tout en renforçant le rituel et le sacré, il favorise la métonymie et le symbole. L’installation scénique de Kostas Varotsos,  une sorte de «théâtre dans le théâtre» fait écho au caractère grandiose et au mysticisme  des costumes et masques de Yannis Metzikof. Chaque élément, chaque objet ou chaque geste -enseigné par Marcello Magni- contribue à la clarification d’un signe ou d’une idée du texte d’Eschyle.
Comme, par exemple,  les livres que le Chœur secoue renvoyant à la valeur de la Connaissance, à l’ouverture des horizons d’un esprit critique et aux combats pour la liberté de l’Homme dans une société pleine d’interdits. Enchaînée à de longues cordes, Kathryn Hunter incarne Prométhée. Elle donne l’impression de compléter, de prolonger l’espace dont elle dispose. Le corps souffrant et mutilé de Prométhée représente aussi le corps politique régénéré… Tous les comédiens et en particulier, le Narrateur (Nikitas Tsakiroglou) et le Chœur, ont  une présence remarquable. Entre socio-sémiotique et anthropologie culturelle, la version de Tsakiris doit sa force à ce mélange intime de fictionnel et d’authentique, d’historique et d’individuel, de représentation et de performance…
Nektarios-Georgios Konstantinidis
Spectacle vu au Théâtre Hérode Atticus le 30 août, festival d’Athènes et Epidaure.
Tournée en Grèce jusqu’ à 7 septembre .

Κυριακή 5 Μαΐου 2019

Les Sept Filles d’Ève, performance de Kostas Filippoglou

Les Sept Filles d’Ève (The Seven Daughters of Eve) est un essai du biologiste anglais Bryan Sykes. Ce généticien, professeur à Oxford, a cherché à reconstituer la généalogie des Européens. Avec sa théorie de la génétique mitochondriale, il explique les principes de l’évolution humaine et la façon dont il est parvenu à analyser l’ADN fossile. Dans Les Sept Filles d’Ève, il raconte  comment il a commencé par analyser le corps congelé d’Ötzi (plus de cinq mille ans, retrouvé dans un glacier en Autriche en 1991. À partir de 15.000 analyses d’ADN,  Bryan Sykes identifie sept lignées dans la population du continent européen. Aboutissant à sept femmes originelles, poétiquement baptisées Ursula (Grèce), Xénia (Caucase), Héléna (Pyrénées), Velda (Cantabrie), Tara  (Toscane), Katrine (Vénétie) et Jasmine (Syrie), datant de 8. 000 à 45.000 ans.
L’étude est fondée sur l’utilisation de l’ADN mitochondrial (ADN mt), une molécule présente dans toutes les cellules humaines. Contrairement à l’ADN nucléaire hérité des deux parents,  cette molécule est transmise uniquement par la mère. Avec 16.500 paires de base, elle se révèle très stable. Tout au long de l’histoire de l’humanité,  transmis par la ligne matriarcale, cet ADN se transmet aussi aux fils, sans que ceux-ci puissent la transmettre. En extrayant l’ADN d’Ötzi, Brian Sykes conclut à la similitude des séquences avec celles de l’ADN d’Européens contemporains. Il a aussi travaillé sur l’identification des restes des Romanov et sur le peuplement de la Polynésie. Et ensuite sur la généalogie préhistorique des Européens.
Brian Sykes retrace les migrations humaines, conteste la théorie de l’origine africaine de l’homme et celle de Thor Heyerdahl sur l’origine des Polynésiens. Le titre du livre provient d’un de ses principaux résultats: la classification de tous les humains modernes en plusieurs «lignées mitochondriales».  Dont chacune peut être tracée suivant une ligne maternelle menant d’une personne, à une femme préhistorique spécifique, et selon l’expression du chercheur « une mère de clan ». Toutes ces femmes ont, à leur tour, partagé un ancêtre commun. Ces théories aboutissent à sept lignées mitochondriales pour les Européens (cependant d’autres élèvent le nombre à onze ou à douze) et lui parle donc des «sept filles d’Ève».
Kostas Filippoglou et ses comédiens (sept femmes et un homme) ont adapté cet essai scientifique pour en faire un matériau dramatique. Et ils ont  réussi à trouver les moyens scéniques  pour restituer le côté visuel et concret des faits relatés. Le metteur en scène  crée un spectacle qui nous rend accessible le jargon des scientifiques. Il a favorisé un jeu corporel et réussit à faire naître une véritable émotion théâtrale… Une réalisation intéressante, au concept dramaturgique clair.  Avec une écriture collective, un langage scénique et des choix artistiques  originaux….
Nektarios-Georgios Konstantinidis
Studio Mavromichali, 134 rue Mavromichali, Athènes, T. : 0030 210 64 53 330

Τετάρτη 6 Μαρτίου 2019

P.O. Box Unabomber de Zdrava Kamenova et Gergana Dimitrova, traduction de Dimitris Vergados, mise en scène de Stavros Stagkos

Cette pièce a remporté  le prix Ikar  2.012 de l’Union des artistes bulgares pour le meilleur texte dramatique. Ses auteurs citent souvent Le Manifestede Ted Kaczynski, dit Unabomber, un militant écologiste américain né en 1942, qui s’est battu contre la société industrielle. Il deviendra un terroriste qui fit l’objet de la chasse à l’homme la plus coûteuse de l’histoire du  F.B.I. . À la suite de la disparition d’un lieu naturel où il se rendait régulièrement, il envoya de  nombreux colis piégés à plusieurs personnes construisant ou défendant le « progrès » technologique.  Et cela durant dix-huit ans; bilan: trois morts et vingt-trois  blessés .
Les auteurs mettent l’accent sur le fait que la technologie, plutôt que de faire avancer l’humanité, la détruit. Comme en contrepoint, ils décrivent le voyage de la dernière femelle d’une espèce en voie d’extinction: l’échidné à long nez, et sa tentative de trouver un compagnon pour éviter de disparaître à jamais. D’un côté, l’Homme qui pense possible d’échapper à la surveillance des satellites et de l’autre, une créature croyant qu’elle ne disparaîtra jamais bien qu’elle soit la dernière de son espèce…  Une réflexion profonde quant aux impasses de l’évolution : celle des hommes, des animaux, de la Nature et  de la société. En cause: des technologies qui se développent de plus en plus vite, des scientifiques auto-satisfaits, la mort proche d’espèces biologiques, la famille humaine qui se dégrade. Un activiste écolo essayera de changer le monde: mais échouera et deviendra juste un simple terroriste. Les personnages essaient de se faire entendre dans un monde qui devient de plus en plus aliéné. Sans visage, ils sont des voix dans la nuit. Sans nom, il semblent s’être perdus dans le temps et dans l’espace, sans aucune chance d’entrer en contact entre eux.
Un homme disparaît et va tout seul dans la montagne, revenant à la fois vers la Nature et vers lui-même. La police et sa famille le cherchent. Inversement, un animal femelle quitte sa forêt et va dans le monde des hommes pour chercher un mâle. Des scientifiques essaient de construire un ascenseur cosmique. Et un satellite supervise tout et tous sur la Terre… Le système actuel peut être changé par la violence ? Pourquoi le plus ancien mammifère est-il menacé de disparition ? Pourquoi les êtres humains veulent aller toujours plus loin et plus loin ? Vers où, tout cela nous mène ?
Dans un décor symbolique, Stavros Stagkos combine divers instantanés comme dans un film  pour souligner le message politique. Sons et musique, éclairage et projections vidéo renforcent le suspense et l’intensité de l’action. Le solide collectif de comédiens  se met au service du texte. Entre autres, Ioanna Kanellopoulou incarne avec une expression remarquable la femelle en voie de disparition. Bref, un spectacle-commentaire du monde contemporain qui fait réfléchir de nouveau sur  l’avenir de notre planète…
Nektarios-Georgios Konstantinidis
Bar-Théâtre Faust 12 rue Athinaïdos, Athènes, T. : 0030 210 32 34 095.

Κυριακή 3 Μαρτίου 2019

Le Club des parenticides d’Ambrose Bierce, traduction, adaptation et mise en scène de Georgia Andreou

Ambrose Bierce, né dans l’Ohio en 1842, disparaîtra dans des conditions mystérieuses au Mexique à Chihuahua en 1913. La guerre civile où il est immergé de ses vingt à ses vingt-cinq ans, sera pour lui une expérience à la fois traumatisante et un apprentissage profond de l’humanité. On la retrouvera en permanence en arrière-fond de son œuvre fantastique. Il est l’un des premiers à inaugurer la figure de l’écrivain-enquêteur de terrain, ce qui expliquerait qu’il n’ait pas été admis à sa vraie place dans le panthéon de la littérature américaine.
Maître incontesté de l’humour noir (hélas omis par le surréaliste André Breton dans l’anthologie  qu’il dressa avec son Dictionnaire du diable maintes fois réédité, Ambrose Bierce fut sans doute le plus british des écrivains américains. Auteur d’une œuvre foisonnante et hétéroclite, tour à tour journaliste, topographe, écrivain pamphlétaire, il a signé une centaine de nouvelles, axées très souvent sur la mort de l’individu et l’absurdité de la vie. On retrouve l’humour au vitriol d’Ambrose Bierce dans certains de ses écrits où il raconte les destins surnaturels et les funestes hallucinations de ses personnages.
Regroupées sous des titres comme Contes noirs, Fables fantastiques ou De telles choses sont-elles possibles? ces histoires fantastiques représentent la part la plus importante de son œuvre. Souvent racontées à la première personne du singulier, elles résonnent comme de petites scènes horribles font la part belle à la psychologie et aux songes hérétiques d’individus sans raison. Au gré des pages, on rencontre un sacré bestiaire : une machine ayant pris le contrôle de son inventeur, un  Club des Parenticides cherchant les moyens les plus optimaux pour exterminer un proche, de lugubres apparitions nocturnes, de nombreux fonctionnaires corrompus, des soldats perdus et même un Ésope revu et corrigé. Le tout,  bien entendu, des plus macabres.
Georgia Andreou a adapté Le Club des Parenticides, une satire exposant les mille et une raisons de se débarrasser de ses géniteurs:  un bel exemple de nihilisme glacé…  Le spectacle baigne entre  gothique et grotesque mais avec un message politique où l’auteur condamne  la violence arbitraire du pouvoir dans les régimes totalitaires. Les balades obscures et les mélodies dures du group doom sludge metal Okwaho présent sur scène tout au long du spectacle, mettent en valeur le psychisme des héros, accompagnent l’action et nous poussent vers un espace clos et sans issue. La metteuse en scène combine paroles et musique pour sensibiliser le public à l’atrocité des crimes. Il s’agit aussi d’un cri d’éveil quant aux valeurs spirituelles, morales et sociales.
Les comédiens sont les narrateurs de quatre histoires et incarnent aussi les personnages qui décrivent avec minutie comment ils ont tué leurs parents. Vidéos et lumières contribuent au mysticisme comme à la terreur des meurtres commis. Dimitris Mandrinos raconte Oil of dog avec cynisme. Alexandros Filippopoulos joue avec un remarquable expressionnisme gestuel  The Hypnotist. Spyridon. Xenos fait une description dégoûtante dans un monologue An Imperfect conflagration. Marvina Pitychouti, devant une salle de tribunal imaginaire, souligne le caractère macabre de My Favourite murder.
Bref, une « métal performance » que les amateurs du genre  apprécieront beaucoup.
Nektarios-Georgios Konstantinidis
Michael Cacoyannis Foundation, 206 rue Peiraiws, Athènes. T. : 0030 210 34 18 550

Τετάρτη 27 Φεβρουαρίου 2019

La Caisse d’après le roman d’Aris Alexandrou, adaptation et mise en scène de Fotis Makris et Kleopatra Tologkou

Aris Alexandrou, de son vrai nom, Aristotelis Vassiliadis, est un écrivain et traducteur grec, principalement connu pour son unique roman La Caisse. Né à Pétrograd en 1922, le jeune Aris Alexandrou suit son père grec et sa mère russe dans leur exil en Grèce en 1930.  Il a une activité de traducteur, notamment du russe (Vladimir Maïakovski, Fiodor Dostoïevski, Anton Tchekhov, Anna Akhmatova) mais aussi du français (Voltaire) et de l’anglais. Et il adhère au Parti Communiste, ce qui lui vaudra des années de persécution et il sera interné quatre  ans dans le camp de Makronissos. Il se réfugie en France en 1967 après le coup d’État des colonels. Il  mourut à Paris en 1978.
Son roman qu’il finit d’écrire en 72, est paru en Grèce deux ans plus tard. C’est une suite de dix-huit lettres, datées du 27 septembre au 15 novembre 1949, adressées au Juge d’instruction par un prisonnier qui reçoit chaque jour quelques feuillets pour écrire sa déposition. Un gardien les emporte aussitôt mais il ne reçoit jamais de réponse. Au cours de la guerre civile grecque, l’auteur de ce récit a été choisi pour participer, avec une trentaine de camarades, à une mission-suicide organisée par le Parti Communiste :  ils doivent apporter de la ville de N. , à celle de K. une caisse fermée dont le contenu leur est inconnu. De la réussite de cette mission dépend entièrement l’issue de la guerre contre les forces gouvernementales. Dès son arrivée à N., le narrateur reçoit,  comme les autres hommes qui ont été choisis, un entraînement militaire spécial, déguisé en entraînement de football. Dans cette ville occupée par les forces communistes, la suspicion est partout et les exécutions pour l’exemple, fréquentes. Ils  s’en vont enfin mais la progression est difficile: le commandement impose un parcours plein de détours. Et il y a des offensives, de nombreux accidents ont lieu et les blessés sont exécutés, si bien que le narrateur se retrouve bientôt seul pour apporter la caisse à K.
Aris Alexandrou utilise sa propre expérience pour décrire une vie coincée entre un communisme intransigeant et une dictature étouffante créant ainsi un monde militarisé où fleurissent les prisons. Le Parti Communiste déshumanise ses adhérents, en les soumettant à une logique hiérarchique suicidaire et à une discipline de fer qui les rend indifférents à leur propre mort comme à celle des autres… Fotis Makris et Kleopatra Tologkou ont adapté le roman  pour en faire un monologue mais en se focalisant sur les scènes d’action. Le narrateur, soumis à un procès imaginaire, se défend devant un public-tribunal en racontant tous les évènements du transport de cette caisse. Les metteurs en scène ont réussi à créer un suspense et le décor simple mais symbolique représente une salle d’instruction. Fotis Makris, seul en scène, joue avec ardeur et passion mais d’une voix parfois criarde et monotone. En quatre-vingt minutes, il arrive cependant à  donner vie à ce texte. Bref, un spectacle intéressant qui fait naître des discussions politiques fécondes.
Nektarios-Georgios Konstantinidis
Studio Mavromichali, 134 rue Mavromichali, Athènes. T. : 00 30 210 64 53 330

Παρασκευή 22 Φεβρουαρίου 2019

La Promesse (Mon pauvre Marat) d’Alexeï Arbouzov, traduction de Giorgos Sevastikoglou, mise en scène d’Eleanne Santorinaiou

Le dramaturge russe (1908-1986) analyse la psychologie et la situation sociale de ses personnages dans un style à la fois lyrique et drôle. La pièce (1965), montée à Paris deux ans plus tard par Michel Fagadau, raconte le parcours de trois adolescents qui se sont rencontrés pendant la guerre. Marik (Marat), un jeune soldat, cherche à survivre dans un refuge. Lika, une fille de seize ans en danger, y trouve aussi un abri. Les conditions sont terribles mais ils goûtent à leur première expérience amoureuse. Un jour, un blessé, Léonidic, les rejoint et le triangle vacille entre l’amitié et l’amour. Très différents, ces jeunes gens partagent leurs difficultés et leurs rêves, leurs rires mais aussi les pleurs et la famine. Marik veut devenir constructeur de ponts: «Les ponts, dit-il souvent, unissent les gens». Lika, elle, rêve faire de la recherche médicale pour sauver le monde des maladies et Léonidic écrit des vers et désire être poète. Des années se sont écoulées, Marik devient un héros mais est porté disparu. Léonidic a perdu une main au combat et est amoureux de Lika. La réapparition de Marik après la fin de la guerre complique la situation: Lika et Léonidic vivent en couple depuis treize ans! Mais qui aime vraiment Lika? Alexeï Arbouzov esquisse d’une façon exceptionnelle les troubles des sentiments et le psychisme de cet étrange triangle de personnages qui vont, après une innocente adolescence, découvrir la dure réalité de l’âge adulte. Ils  ne peuvent plus rester dans la frivolité et devront prendre des décisions qui marqueront leur avenir.
Le spectacle d’Eléanne Santorinaiou, plein de sensibilité et tendresse, alterne moments dynamiques et plus statiques mais l’intérêt du public ne faiblit pas. Jeu et mise en scène sont au service d’une bonne lisibilité des motivations et des actions. Panagiotis Gavrelas (Marik) souligne la difficulté de son héros à exprimer les vrais sentiments qu’il éprouve et à gérer ses relations avec son entourage. Errikos Miliaris (Léonidic) crée un personnage, fragile en apparence mais dynamique et volontaire. Koni Zikou (Lika) incarne la femme : pomme de discorde, elle hésite entre ces hommes représentant deux visions du monde différentes. Un spectacle qui nous a plongés dans une douce mélancolie, tout en nous incitant à réfléchir à la complexité des relations humaines.
Nektarios-Georgios Konstantinidis
Théâtre Fournos, 168 rue Mavromichali, Athènes.  T. : 0030 210 64 60 748

Παρασκευή 11 Ιανουαρίου 2019

Anatole d’Arthur Schnitzler, traduction de Marios Ploritis, mise en scène de Yannis Vouros

Le célèbre écrivain autrichien (1862-1931) représente la liaison miraculeuse entre médecine et poésie (Sigmund Freud voyait en lui son double). « Schnitzler, dit Heinrich Mann, c’est la vie douce à proximité de la nécessité amère de la mort. Schnitzler, c’est la balance tchekhovienne entre la sensibilité psychologique et la dureté objective. Il brosse des portraits atmosphériques de jeunes Viennois à la fin du XIX ème siècle, d’une façon réaliste et impressionniste, et décrit la décadence post-bourgeoise. »
Le personnage central d’Anatole (1893), en sept épisodes et un épilogue relatant les aventures d’un Casanova avec des femmes, est un alter ego de l’écrivain qui donne à voir  des personnages féminins: mystérieuses, artistes, coquettes, jalouses, frivoles, libertines, fatales, précieuses, fragiles ou invulnérables, des femmes passent dans la vie d’Anatole. Jeunes ou âgées, pauvres ou riches, fameuses ou inconnues, elles sont les protagonistes d’instantanés farcesques, ironiques, sarcastiques ou mélodramatiques. Avec scènes de rupture, dialogues amoureux et moments de volupté. Et dans cette histoire embrouillée, on ne sait jamais qui est le bourreau et qui est la victime car la passion charnelle entraîne les personnages dans les mensonges et les quiproquos. Toujours insatiable et insatisfait, ce Dom Juan cherche une consolation auprès d’amours éphémères, ce qui le conduit à des impasses. Auprès de lui, son ami Max, un « sage philosophe », commente  l’action avec humour et cynisme, en citant des vers ou en faisant des plaisanteries spirituelles.
 Yannis Vouros met en valeur la pièce avec un décor simple mais soigné et de bons costumes. La première scène est une sorte de procès d’Arthur Schnitzler ! Une voix enregistrée (celle d’un juge) pose des questions à l’écrivain et l’accuse d’écrire des pièces immorales et indignes d’être présentées sur scène. Lui, répond du tac au tac, avec un esprit étincelant. Peris Michailidis est ici un Schnitzler exceptionnel, puis devient Max son ami. Avec une voix et une gestuelle remarquables, il  crée à la fois un personnage et commente l’action. Lefteris Vassilakis incarne Anatole avec une expression fervente, tout en insistant sur le style de vie trépidant d’un jeune homme. Julie Souma, elle,  joue sept personnages  avec précision et sensualité.
Un spectacle qui respecte l’esprit du texte: nous pouvons ainsi, quelque cent cinquante ans plus tard, nous poser toujours autant de questions qu’Arthur Schnitzler, sur la fidélité à une liaison et sur la durée de la passion…
Nektarios-Georgios Konstantinidis
Théâtre Alkmini, 8 rue Alkminis, Athènes.  T. : 0030 210-3428651.