Τρίτη 17 Μαΐου 2022

Mrs Dalloway d’après le roman de Virginia Woolf, performance du Ginger Creepers Theater Band


Dans ce roman célèbre publié en 1925, l’écrivaine britannique décrit une journée de Clarissa Dalloway, une femme de la haute société dans l’Angleterre, après la première Guerre Mondiale. Avec, comme thème principal: l’altérité, qu’il s’agisse de soi face aux autres ou d’un face-à-face entre soi et soi-même. Mrs Dalloway apparaît comme une personnage mondain, puisqu’elle prépare au cours de la journée une réception qui aura lieu à la fin du roman. Elle est alors en représentation et joue son rôle d’hôtesse de maison comme un chef d’orchestre.

Bien qu’il s’agisse de la même personne, il y a une distinction entre la Clarissa représentée dans son intériorité et comme une personne qui pense et qui sent. Et cette Mrs Dalloway qui est le moi public du personnage, avec une situation civile et sociale.  Cette crise existentielle au cœur du roman, laisse des zones d’interrogation, notamment quant aux raisons ayant poussé Clarissa à quitter l’homme qu’elle aimait, pour se marier avec un inconnu qui, lui, « présente bien ».

Grigoris Hatzakis a crée ce spectacle où la musique joue un rôle primordial, sur la scène de Parenthèse, une nouvelle salle d’art. Metteur en scène toujours inventif, il a mis la scission du personnage au centre de cette adaptation et il nous surprend avec des trouvailles comme des descriptions au micro. Au fond du plateau, un projecteur et, au centre, un synthé, un rétro-projecteur avec écran, des plantes vertes, un aquarium et des oranges en vrac.  Dora Pardali et Hélène Sidirokastriti incarnent, avec un jeu plein d’énergie et de fantaisie, cette héroïne aux deux facettes et elles se complètent bien. A la fin, nous avons envie de danser et sortons réjouis  par ce happening… proche de l’esprit moderniste de Virginia Woolf ! 

 Nektarios-Georgios Konstantinidis 

 Salle d’art Parenthèse, 3 rue Dionissiou Efessou, Athènes, T. : 00306943648438

Δευτέρα 16 Μαΐου 2022

Aphrodite de Pavlos Matessis, adaptation et mise en scène de Katerina Klitsioti et Sophie Koroni


Cet auteur, né en 1933 et disparu en 2013, a écrit des pièces, des romans et fait plusieurs traductions remarquables. Il se disait homme de théâtre mais prétendait qu’en prose romanesque, il n’était qu’ «un passager clandestin». Dans cette nouvelle (1986), il traite de la relation, implacable et possessive avec ses deux fils, d’une mère quittée par son mari et devenue l’amante de son patron. Aphrodite a été, et cela dès sa naissance, toujours opprimée, humiliée et sous les ordres et les insultes d’un homme.

Une écriture proche de celle d’un thriller et d’un roman oscillant entre deux langages: l’un poétique, et l’autre cru et cynique, pour dire le manque d’amour et la possession enragée de liens familiaux. Les metteuses en scène alternent narration et dialogues d’une intensité remarquable et le rituel qui sous-tend cette pièce renforce encore le suspense, sur fond de violence incestueuse mais sans choquer le public.

L’excellent Giorgos Doussis joue un des deux fils et l’amant-patron, avec une expression virile. Vassilis Hatzidimitrakis montre adroitement les nuances des sentiments qu’éprouve l’autre fils, assez traumatisé. Et Sophie Koroni incarne Aphrodite avec verve et fébrilité. Ce spectacle, miroir de notre société, pose la redoutable question de la responsabilité des nombreux féminicides actuels.

Nektarios-Georgios Konstantinidis

Théâtre Bios, 84 rue Peiraiws, Athènes, T. : 0030 210 3425335.

Σάββατο 14 Μαΐου 2022

L’Aile, performance d’Hélène Mavridou


Dans une clinique d’accouchement, trois portes et une salle vitrée. Va et vient continus des médecins, aides-soignantes, infirmières dans la pénombre. Mais peu de paroles. Une naissance est le point de départ du spectacle. Un bébé est arrivé et nous allons suivre suivre ses parents jusqu’ à la sortie de la clinique.  Il y a ici un mélange de cris de joie et chuchotements mais aussi de soupirs de douleur. Vacarme d’enthousiasme autour d’un nouveau né mais aussi des signaux d’alarme : un bébé est en train de mourir… L’accouchement est représenté comme une bataille, avec les petits moments d’une journée ordinaire d’une clinique où alternent moments de bonheur et de malheur.

Une sage-femme avec masque qui se distingue des autres personnages, se vante d’une voix stridente d’avoir fait naître plus de mille deux cents enfants. Ses courts monologues pleins de douceur mélancolique qui reviennent par bribes tout au long du spectacle, soulignent l’importance de son métier pour elle. C’est toute sa vie : une vocation, une vraie mission et chaque jour, elle suit de près la lutte acharnée des nouvelles mères qui accouchent et les encourage de ses conseils et son expérience. Et quand les mères partent de la clinique, elle reste seule et attend les suivantes : la vie continue… L’aile est son royaume.

Hélène Mavridou parle de la représentation du corps naissant, et du corps accouchant, à travers des images très fortes au symbolisme clair et elle trace bien la ligne de démarcation entre l’éphémère de la vie et la peur de la mort. Il y a des instants très forts avec un fauteuil roulant, un aquarium sur un brancard ou la petite robe dont accouche une femme, seul signe marquant que le bébé est féminin.

Ce spectacle d’une poésie incontournable explore divers aspects de la maternité à travers des scènes qui font rire et d’autres, violentes, avec sang, sueur et larmes. Ces instantanés d’accouchements quotidiens, familiers mais aussi étrangers à la fois où le rituel, la mémoire, les souvenirs et les témoignages ont une place primordiale. Avec des clins d’œil à Anton Tchekhov et Samuel Beckett…Un bel hommage à la maternité et une réflexion pleine d’émotion sur la naissance. A ne pas manquer. Joël Pommerat serait ravi de cette efficace écriture, dite de plateau! 

Nektarios-Georgios Konstantinidis 

Théâtre Choros, 6-8 rue Praviou, Athènes, T. :0030 2103426736 

https://www.youtube.com/watch?v=lOefqubpS1I 

Παρασκευή 13 Μαΐου 2022

10: La Liberté a besoin d’un arrosage quotidien, mon amour,chorégraphie d’Artémis Lambiri

 


«Sans liberté, nos vies sont une petite mort.» Une phrase qui a inspiré cette artiste pour créer  un spectacle collectif avec la MAN Dance Company. Avec pour thème, la notion existentielle du mot liberté dans ce dur post-covid en Grèce comme ailleurs.

Une œuvre sans paroles mais posant nombre de questions: que signifie exactement liberté et quelles en sont les limites? Quelles sont nos peurs et nos inquiétudes, face au regard critique de l’autre,forcément différent de nous? Qui gagne et qui perd dans ces relations complexes ? La liberté est un droit mais, dans la routine de la vie quotidienne, elle change tout le temps de formes et de couleurs.

Ce spectacle traite de la valeur des choses: l’individu souffre aujourd’hui souvent de comportements humiliants, comme le mépris de l’autre qui peut être un associé, un collaborateur, voire un partenaire…Alors qu’il fait tous ses efforts pour avoir une « situation » qui en vaille la peine.

Dix danseurs sur une scène vide «racontent» grâce à une remarquable gestuelle, dix histoires apparemment ordinaires, mais tout à fait uniques. Celles de gens qui cohabitent et qui cherchent à créer un espace commun. Les corps des danseurs sont expressifs et énonciateurs de messages vibrants. A partir d’improvisations dont la signification est claire, ce spectacle arrive à nous toucher profondément… 

 Nektarios-Georgios Konstantinidis

Jusqu’au 17 mai, Thission-Un Théâtre pour les arts, 7 rue Tournavitou, Athènes.T. : 00302103255444.

Δευτέρα 7 Φεβρουαρίου 2022

Les Héraclides d’Euripide, traduction en grec moderne de Kostas Varnalis, mise en scène de Kostas Papakonstantinou et Artemis Grymbla


Une tragédie écrite en 430 av. J.C. mais rarement jouée. Pourtant très actuelle, puisque fondée sur le thème de l’asile politique et sur l’inviolabilité du demandeur ou « suppliant »… Et elle pose la question de savoir  en quoi consiste la liberté d’un pays et son attitude à l’égard de ceux qui attentent à son intégrité ou qui essaient de lui imposer des lois qui ne sont pas les siennes. 

Dans Les Héraclides, l’action en deux parties peu liées entre elles, semble, à plusieurs endroits, lacunaire et plate. Avec un chœur nombreux et des personnages principaux qui sembler sans grand intérêt  leurs interprètes.  Eurysthée exerce une persécution sur les enfants d’Hercule après la mort de leur père  mais ils trouvent  asile à Athènes auprès du roi Démophon, fils de Thésée. Les Héraclides, conduits par le vieil Iolaos, l’ancien compagnon d’Hercule, se sont réfugiés au pied de l’autel de Zeus, à Marathon.
Un héraut d’Eurysthée vient les en arracher et Démophon prend leur défense. Le héraut se retire en menaçant les Athéniens de la guerre, au nom d’Argos et de son roi. Un oracle prédit que, pour gagner la guerre, il faudra sacrifier une jeune et noble vierge de noble. Macaria, une des filles d’Hercule accepte de se sacrifier. Les Athéniens gagnent la guerre et captivent Eurysthée qu’ils remettent entre les mains d’Alcmène, la mère d’Hercule, qui fait partie, elle aussi, des réfugiés. Contre les coutumes athéniennes qui respectent la vie des prisonniers de guerre, Alcmène ordonne pourtant la mort d’Eurysthée. 

Cette tragédie est faite de changements extrêmes, retournements subits, voire improbables… Des vieux redeviennent jeunes, des jeunes perdent leur vie en se sacrifiant à l’autel d’un dieu sanguinaire, des rois sont prêts sous la pression des événements, à renier leurs promesses et à offenser les coutumes de leur pays qu’auparavant, ils défendaient passionnément. Et les ennemis se révèlent être, sinon des amis, du moins plus utiles que des amis qui, eux favorisés, se montreront vite très malfaisants. Loin de toute idée de xénophobie, Euripide attire notre attention sur la nature changeante des humains, plus que sur  l’exil et l’immigration. 

Kostas Papakonstantinou et Artemis Grymbla  recréent le mythe lui-même et la violence de cette pièce avec un sens caustique. Ils veulent réveiller la conscience politique du public et donnent à ces Héraclides un sens compréhensible à nos contemporains, en actualisant le texte et en créant des rapports dialectiques entre passé et présent.  Des pans de coton blanc représentent l’espace de l’autel et sur le plateau, un seul accessoire: une branche… Cinq acteurs, eux aussi tout en blanc, jouent avec passion les huit personnages de cette tragédie. La musique, les paroles de la chanson, les fortes lumière font sens et renforcent la belle théâtralité de ce spectacle.  

 Nektarios-Georgios Konstantinidis 

 Théâtre Olvio, 7 rue Falaissias, Votanique, Athènes. T. : 0030 2103414118

Κυριακή 24 Ιανουαρίου 2021

La Ménagerie de verre de Tennessee Williams, traduction de Stelios Vafeas, mise en scène de Georges Nanouris


Dans un deux-pièces à Saint-Louis, Amanda Wingfield, une femme abandonnée par son mari, vit dans  le monde fantasque de ses anciens amoureux, entourée par ses grands enfants: Tom, qui  rêve de quitter son travail dans une usine de chaussures mais aussi l’étouffant cocon familial. Et la jeune Laura, à la timidité maladive et que tourmente une jambe infirme. Elle prend le plus grand soin de sa ménagerie de verre, de fragiles animaux miniatures. Amanda a demandé à Tom d’inviter un de ses copains employé comme lui dans la même usine, Jim O’ Connor… Et elle y voit un amoureux possible pour Laura.

De nombreuses similitudes existent entre la famille Wingfield et celle de Tennessee Williams.  La Ménagerie de verre, écrite en 1944, est contemporaine de la fondation de l’Actor’s Studio. Comme  toute son œuvre, la pièce est liée aux pratiques d’acteur de cette école où la construction du personnage est essentielle. Tout dans le texte est décrit avec précision: environnement, âge, milieu social, métier et habitudes des protagonistes… Pour une juste analyse du comportement humain et Tennessee Williams commente la situation par le biais du narrateur, ou grâce à des projections d’images.

Il y a dans cette pièce écrite avec le décalage qu’autorise la mémoire, des didascalies précises: elle « se passe dans la mémoire et n’est donc pas réaliste. La mémoire se permet beaucoup de licences poétiques. Elle omet certains détails; d’autres sont exagérés, selon la valeur émotionnelle des souvenirs, car la mémoire a essentiellement son siège dans le cœur. »

La Ménagerie de verre dépasse son époque: complexe et polysémique, elle peut, après  plus de soixante-quinze ans, être encore réinventée et Georges Nanouris a créé un spectacle avec un rythme et des couleurs qui lui permettent de capter le quotidien avec  justesse et réalisme. Seuls, les objets indispensables à la compréhension d’une scène sont ici gardés. Des lampes montent et descendent comme des pendules, soulignant le symbolisme de la ménagerie de verre de Laura et renforçant la poésie du texte.

Anna Massha (Amanda) a une voix monotone, des gestes répétitifs et une certaine  hystérie qui affaiblissent le personnage… Lena Papaligoura montre bien le passage impossible de l’enfance à la féminité chez Laura, ses traumatismes psychiques et son caractère introverti mais elle n’évite pas toujours un ton mélodramatique facile pour créer l’émotion. Konstantinos Bibis  criaille souvent et joue Tom de façon superficielle. Mais Anastassis Roilos, lui, excelle en Jim O’Connor et séduit par une belle présence scénique. Notamment, à la fin quand le jeune homme et Laura se livrent à des confidences et s’embrassent (on voit le baiser en ombre à cause des limites imposées par la crise du covid!). Mais c’est la seule scène poétique et touchante du spectacle…
 
Nektarios-Georgios Konstantinidis
 
Spectacle vu le 23 janvier, en retransmission depuis le Théâtre National d’Athènes.

Σάββατο 2 Ιανουαρίου 2021

Pieds nus dans le parc de Neil Simon, traduction en grec d’Antonis Galéos, mise en scène de Reïna Eskenazi


Producteur, dramaturge et scénariste américain, Neil Simon  (1927-2018), surnommé le roi de la comédie, a aussi adapté en 1967 cette pièce au cinéma avec Robert Redford et Jane Fonda.  Dans cette comédie romantique pleine d’humour, traduite et montée dans le monde entier avec grand succès, l’auteur met en valeur l’amour, comme sentiment omniprésent et… omnipotent.

Mais il y a toujours dans les relations humaines un quelque chose porteur d’ambiguïtés et d’antinomies. Et l’homme comme la femme souffrent de doutes, soupçons et  manque de confiance en soi. La routine du mariage semble un cauchemar, le couple a besoin d’un changement, d’une surprise ou d’une folie qui écraserait la monotonie : ce «marchons pieds nus dans le parc » est peut-être un remède…

Après six jours de lune de miel, Paul, jeune avocat plein d’avenir, découvre le « petit nid d’amour » que leur a  trouvé Corie : un loft insalubre au huitième étage sans ascenseur ! Le couple est brutalement plongé dans la réalité d’une vie à deux. Paul découvre l’endroit le jour de leur installation et c’est l’enfer. Impossible pour lui de travailler dans cet espace  inconfortable! Et il doit plaider sa première affaire le lendemain matin! En fait, rien ne se passe comme prévu : leurs meubles tardent à arriver, leur nouveau voisin cherche visiblement à squatter et Esther, la mère de Corie, aurait tendance à prendre racine… Tout cela risque fort d’aboutir à une situation explosive.

Reïna Eskenazi  a réalisé une mise en scène rythmée où alternent comique des situations et émotion. Le décor et les costumes soulignent le burlesque de la pièce. Un spectacle léger et touchant qui provoque le rire, mais où Neil Simon  rappelle les difficultés de la cohabitation comme du mariage. Argiris Aggelou (Paul) et Vassiliki Troufakou (Corie) sont  un couple  de personnages aux contradictions évidentes mais qui ont une profonde sensibilité. Aris Lembessopoulos excelle en Victor Velasko, le vieux et dingue voisin qui n’hésite pas à flirter avec Corie pour gagner le cœur de sa mère. Hélène Krita interprète Esther avec brio et Jérome Kaluta est magnifique à la fois en technicien et en serviteur. Ici la parodie fait aussi merveille.  
 
Nektarios-Georgios Konstantinidis
 
Spectacle vu le 1 er janvier  en retransmission depuis le Théâtre Akadimos, Athènes.