Δευτέρα 26 Δεκεμβρίου 2022

Qui a tué mon père d’Édouard Louis, traduction de Stela Zoumboulaki, mise en scène de Christos Théodoridis


Une histoire fragmentée de colère et résistance avec, au centre, l’amour et l’humain. Un jeune homme revient après des années d’absence chez son père qu’il retrouve complètement détruit par des années de travail à l’usine. Il s’interroge sur sa relation avec lui, sur les mécanismes sociaux qui ont fait de son enfance, une blessure. Et il réfléchit aux conditions qui détruisent les corps de milliers d’ouvriers. «L’histoire de ton corps accuse l’histoire politique. » Dans ce roman autobiographique (2018), le politique rejoint l’intime et se racontent ici les corps des hommes marqués par l’Histoire. Un vibrant appel à la transformation du monde, en commençant par la main tendue d’un fils à son père.

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Qui a tué mon père n’est pas une question mais une accusation. L’auteur dresse la liste de ceux qu’il juge responsables de la destruction du corps paternel. Selon lui, les présidents comme Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, François Hollande, Emmanuel Macron… ont mené des réformes qui ont abimé la vie des plus démunis. Il dit vouloir faire entrer par vengeance ces noms de politiques dans l’Histoire. Louis critique ici la croyance populaire selon laquelle la Culture à l’école serait aux antipodes de l’affirmation d’une identité sexuelle masculine.

Dans cet espace de domination selon lui, s’y soumettre équivaudrait à avoir une identité sexuelle féminine. Rien d’étonnant, puisque dans les représentations littéraires de l’école, le premier de la classe s’oppose au cancre. Le premier séduit très peu, alors que le second est le symbole de la masculinité révoltée contre l’ordre établi. Un cancre est considéré plus viril. L’échec scolaire semble correspondre à un idéal de la masculinité, alors que la réussite est associée à la féminité, mais pas uniquement.
Les ouvriers, dont l’histoire politique n’est pas encore écrite dans les manuels d’histoire, subissent le même sort que la masculinité qui se construit en marge des systèmes éducatifs. Cette littérature veut dénoncer l’acte oppressif d’une Histoire excluant les pauvres, les personnes racisées ou les minorités sexuelles.

Est-ce une pièce de théâtre? Plutôt un récit adressé et il y a donc théâtre. Edouard Louis commence par un beau préambule: «Si c’était un texte de théâtre, c’est avec ces mots-là, qu’il faudrait commencer : un père et un fils sont à quelques mètres l’un de l’autre dans un grand espace vide.»Exactement ce que nous voyons  et Christos Théodoridis, avec de grandes qualités d’évocation, parle avec une douceur amère, de la violence homophobe. Un hangar vide est transformé en salle de théâtre, soit un vaste espace avec  peu d’objets, un grand lit, un frigo, un micro-ondes et quelques ustensiles de cuisine. À travers des fragments mémoriels, les comédiens interprètent ce monologue viscéral en alternant les personnages du fils, du père et des autres personnages.
Le spectacle commence par un très long silence: face à face, Denis Makris sur le lit et Giorgos Kissandrakis debout. Le texte se raconte à travers les corps, les voix et surtout le regard. «Regarde-moi» répètent-ils souvent. Et ils soulignent le droit pour chacun d’être différent et  aussi ce qu’il veut être. Une gestualité et une expression exemplaire avec panache et conviction pour dire les mots de ce roman-pamphlet. Tantôt parole fracassante, tantôt simple murmure, ce texte frontal d’une grande intensité nous étreint. Et tout ce qu’il énonce, est parfaitement audible…

Nektarios-Georgios Konstantinidis

 ΠΛΥΦΑ, 39 rue Korytsas, Athènes, T. : 00306938690612

https://www.youtube.com/watch?v=e9Ojn4y8eGo 

Παρασκευή 23 Δεκεμβρίου 2022

Lettre à Oreste d’Iakovos Kambanellis, mise en scène de Yannis Papayannis


Dans ce monologue (1993), Clytemnestre ou l’actrice qui va jouer ce personnage (une distanciation chère à l’auteur) écrit à Oreste une lettre où elle dit son amour pour ses enfants, les conditions où ils sont nés et sa crainte pour la vie d’Electre. Elle sait que la mort l’attend mais voudrait qu’Oreste ne soit pas un parricide. Elle ne voit pas qu’il fera ce geste fatal! Cette œuvre pleine d’affection pour la reine et marquée par un ton féministe et c’est le chant d’une femme qui demande la fin de ses condamnations. Elle veut rétablir la vérité en jetant la lumière sur le mobile de son acte et dans cette lettre adressée à Oreste, dit quelle a été sa vie.

Soumise à un homme agressif et égoïste, elle a voulu sauver sa dignité avec un acte qui lui donnerait droit à un véritable amour en l’occurence : Egisthe. Cette lettre, écrite et réécrite sur scène, met l’héroïne à la place de l’écrivain. Théâtralité assurée : c’est une pièce de théâtre épique et Clytemnestre est là comme pour une répétition. Et selon l’auteur: « toute représentation, comme nous savons tous, est une hypothèse. »

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Le titre est déjà un commentaire méta-théâtral sur la tragédie et pas seulement du mythe des Atrides. Il implique une lectrice-émettrice et Clytemnestre est ici en même temps écrivaine et comédienne. Cette lettre, écrite et dite sur un ton de conversation et narratif, tend souvent vers le monologue intérieur mais aussi vers un dialogue vivant. L’auteur a déplacé le personnage de Clytemnestre, de l’univers tragique à celui du théâtre moderne et il y a de nombreux anachronismes : cigarettes, cendrier, papiers…

La relation entre Agamemnon et Clytemnestre, et les motifs de ses actes sont le thème de cette Lettre à Oreste qui est toujours à écrire… Une allusion faite à la richesse du mythe et en même temps, l’expression d’une confusion intérieure chez elle qui s’adresse à Oreste absent, et indirectement au public. Elle raconte ce qu’a été sa vie avec Agamemnon,son époux et le père de ses enfants et dit ses vérités sur les deux sexes…Une version anti-héroïque du mythe : Clytemnestre se métamorphose en femme au quotidien et pour elle, les lois de la Cité ont la même valeur que pour toutes les autres femmes. Face à l’image repoussante d’Agamemnon qui a une soif de domination exprimé envers sa femme, Égisthe représente pour la reine, l’autre aspect du sexe masculin. Il lui a appris que la vie n’est pas seulement une misère et qu’on peut la mener à son gré. Il est ici l’homme qui défend le matriarcat et les droits des femmes…. Ce spectacle, dont le texte a été traduit par Selma Ancira, a été présenté au Mexique en octobre, au festival Emillio Carballido, dans le cadre d’un hommage à l’écrivain grec.

Yannis Papayannis, fidèle à l’esthétique du texte, souligne les conditions d’une répétition et la théâtralité. Sur scène trois cadres pendus et la robe rouge de Clytemnestre (un costume magnifique du grand Yannis Metzikof) attend la l’actrice qui va interpréter ce personnage. Sur scène, juste un bureau et un escabeau. Marianthi Sontaki excelle en Clytemnestre et avec une remarquable gestuelle, elle met en valeur la dimension tragique et le message politique du texte. La lumière souvent rouge foncé fait allusion à la passion et au crime que souligne la musique de Platon Andritsakis. La dernière scène, une tirade de la Comédienne, est extraite du Souper, une pièce de l’auteur et rappelle les noms de tous les féminicides commis en Grèce ces dernières années. Un spectacle émouvant et de grande qualité…

 Nektarios-Georgios Konstantinidis

Spectacle créé sous l’égide de l’Académie d’Athènes et du Ministère de la Culture, vu le 20 décembre à l’ Apollon- Théâtre municipal de Patras, T. : 00302610273613

Δευτέρα 19 Δεκεμβρίου 2022

Rabbit Hole de David Lindsay-Abaire, traduction de Christine Malakou, mise en scène de Vaggelis Lymberopoulos


Becka et Harry ont perdu leur fils Danny dans un accident de voiture. Huit mois plus tard, ils doivent faire leur deuil, alors qu’autour d’eux, la vie continue … La sœur de Becka et sa mère, le jeune homme qui a renversé leur fils, essayent de leur offrir une consolation mais ils sombrent un peu plus chaque jour dans un trou noir qui les isole. Comment retrouver sa place dans le monde après la mort d’un enfant et vivre avec le poids de ce fantôme ?

L’auteur américain ne nous place pas en temps réel avec le drame et n’en fait pas non plus un souvenir lointain enfoui, qu’une circonstance rappellerait douloureusement à la mémoire. Il situe son texte dans cet intervalle étrange et fait d’incessants allers et retours émotionnels où chacun essaie d’accepter l’inacceptable. Deux façons de comprendre le titre : trou de lapin et trou noir et cela fait sans doute la beauté de cette pièce créée en 2006 à New York et qui a tout d’une chronique de la vie quotidienne d’une famille américaine meurtrie par une perte. Le trou noir est ce puits sans fond où on s’engouffre et qui absorbe tout, même la lumière mais c’est aussi une énergie invisible considérable qui rappelle celle de la vie.

Pour sa première mise en scène au théâtre, le cinéaste Vaggelis Lymberopoulos crée un spectacle intime avec des personnages d’un quotidien au naturalisme stylisé. Il révèle l’invisible pour donner du sens à tout ce qui existe entre les mots et une figure humaine au mystère de cette énergie qui pousse chacun, à un moment de sa vie, à se relever et à faire un pas de plus. Les comédiens dévoilent les non-dits et le sens souterrain et font appel à la sensibilité. Nous sortons de la salle empreints d’une douce mélancolie, avec le sentiment qu’il y a toujours un lendemain, un rythme de vie très mystérieux et que tout continue… et nous incite à continuer !

Nektarios-Georgios Konstantinidis

Théâtre 104, 41 rue Evmolpidwn, Athènes, T. : 00302103455020


Πέμπτη 15 Δεκεμβρίου 2022

Felice et Lily d’Eleni Karassavvidou, adaptation-mise en scène de Katerina Polychronopoulou


Berlin, 1942, donc en pleine guerre: Felice, une jeune femme juive, à l’esprit libre, dynamique, passionnée et rêveuse, n’hésite pas à provoquer et s’amuser, alors qu’elle risque d’être arrêtée à chaque instant. Lily, épouse d’un officier nazi et mère de quatre enfants… Elles se rencontrent et très attirées l’une par l’autre, vivront un amour passionné pendant dix-huit mois. Puis Felice sera envoyée à Terezin, un camp de concentration… Lily, hantée par cet amour, la cherchera en jusqu’au bout et aura recours à leurs souvenirs pour se consoler, mais ne réussira jamais à la retrouver, ni tout le bonheur qu’elle eut avec elle.

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L’histoire réelle de ces jeunes femmes, Aimée et Jaguar, une histoire d’amour d’Erica Fischer (1943) et,adapté de ce roman, un film de Max Färberböck (1999), ont inspiré Eleni Karassavvidou mais aussi la dangereuse montée actuelle du nazisme et des attentats racistes dans le monde et les attaques contre les femmes, les homosexuels, les personnes handicapées ou celles qui ont des particularités. L’auteure nous offre ici un documentaire scénique aux réminiscences douloureuses, à travers le récit de Lily et sa relation mouvementée avec Felice qui a défini sa vie et a aussi fondamentalement changé la façon dont elle percevait son pays, son idéologie et le monde qui l’entourait. Les souvenirs de la vieille Lily reviennent encore et encore dans sa mémoire, et donnent vie à des moments de bonheur et d’amour avec sa bien-aimée, perdue à jamais. Tout un monde est catalysé et un autre, nouveau, s’établit chez elle, alors que guerre, génocide, prohibition, violence et terreur s’imposent, nous rappelant que, pour changer, ce monde doit d’abord être peint en rouge… A la fois par le sang et par l’amour.

Katerina Polychronopoulou raconte l’histoire de Felice et Lily avec audace, sensibilité, tendresse et passion. Grâce aussi aux lumières et aux décors simples et fonctionnels, aux remarquables costumes et aux clins d’œil musicaux. Rythme serré, tension montant sans cesse jusqu’à un point culminant, gestuelle des comédiennes et leurs échanges de regard… tout cela crée un ensemble où est mise en lumière la sensualité des personnages, leur alchimie inattendue mais irrésistible, la tension dans leur couple, leur humour et leur désespoir, leurs émotions…Une époque aux menaces de mort permanentes et aussi partout l’envie de vivre sont ici traitées avec sensibilité. L’élément politique restant décisif et en parfaite harmonie avec le quotidien des héroïnes et la menace qui empoisonne leur amour et la terreur qui imprègne leur existence.

Dimitra Syrou interprète Lily à l’âge mûr avec une mélancolie et une acceptation de son destin tumultueux, un sens poignant de la résignation qui s’adoucit, quand elle regarde l’action prendre vie à travers ses souvenirs doux-amers.Dimitra Vamvakari (Lily, jeune) est sensible et touchante et Elena Tirea crée une Felice étonnante, sensuelle mais aussi drôle et fantasque, et en même temps tragique, avec toute une gamme d’émotions. Katerina Polychronopoulou a bien su mettre en valeur le talent de ses actrices et  avec de belles images,  nous offre aussi un plaisir esthétique subtil…

Nektarios-Georgios Konstantinidis

 Théâtre Vault, 26 rue Melenikou, Athènes. T. : 0030 213 0356472.

Τρίτη 13 Δεκεμβρίου 2022

La Vénus à la fourrure de Léopold von Sacher-Masoch, adaptation de Nikoleta Kotsaïlidou et Spyros Kyriazopoulos, mise en scène de Thanassis Kourlabas


Ce roman court érotique (1870) de l’écrivain allemand -dont le nom a donné naissance au terme: masochisme, a aussi inspiré le film éponyme de Roman Polanski sorti en 2013. 

Au théâtre,  Christine Letailleur l’avait adapté en 2008 et  Guido Crepax en avait tiré une bande dessinée en 84. Dans cette autobiographie romancée, Séverin, jeune gentilhomme aux idéaux romantiques, voue une passion déraisonnable pour la figure antique de Vénus. Et quand il rencontre Wanda, une jeune femme à la beauté ensorcelante, elle lui apparaît comme l’incarnation de la déesse de l’amour. Entre eux, se noue une relation hors normes : il devient son esclave et en jouit. Uni par un contrat établissant sa soumission, Séverin suit sa Vénus à la fourrure, au gré d’un itinéraire qui les mènera des Carpates, à Florence. Mais peu à peu, leurs liens vont s’étioler et leurs rapports prendront une tournure dangereuse.

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Pour écrire ce roman, Léopold von Sacher-Masoch s’inspira de ses liaisons amoureuses, entre autres celle qu’il eut avec Anna Kottowitz qui lui inspira notamment La Femme séparée.
Avec Fanny von Pistor, il élabora pour la première fois, en 1869, un contrat où il s’engageait à être son esclave pour une durée de six mois. Et avec Aurora Rümelin, il en signa un sur dix ans et l’épousa en 1873. L’écrivain a su traduire son monde intérieur, scruter les désirs enfouis au plus profond des êtres.
Avant Freud, il sonde les rêves et les premiers émois sensuels de l’enfance. Loin du discours puritain et normatif, il a su questionner l’origine du désir, la sexualité, le rapport homme/femme à son époque et réinventa la relation amoureuse. Chez lui, ce n’est plus une jeune fille, l’héroïne d’un roman mais une femme d’expérience, partenaire et complice idéale qui saura, au plus fort de la tension érotique, se montrer à la fois cruelle et voluptueuse. S’inspirant des déesses de l’Antiquité et des tsarines, il aime à la parer de somptueuses fourrures et lui offrir des cravaches. Ses amantes avaient bien compris qu’il était de leur côté et plaidait en faveur de leur émancipation. 
Léopold von Sacher-Masoch voit dans l’amour, une guerre des sexes et sait qu’une femme ne pourra devenir sa véritable partenaire et complice, que si elle s’affranchit des conventions morales et sociales et si elle a les mêmes droits que l’homme. Dans une relation maître/esclave inversée…

Les dialogues de cette adaptation, fidèles à l’esprit du roman, sont à la fois vifs et  pertinents, et leur auteur exalte la volupté mais sait aussi ménager le suspense. Sur le plateau semé des feuilles, au centre, une longue table-lit et deux chaises. Thanassis Kourlabas tout en noir, incarne Séverin et va en dévoiler tout le mystère et le vice. L’acteur forme un duo exceptionnel avec Amalia Ninou qui, en robe blanche, souligne les hésitations et les angoisses de Wanda. Thanassis Kourlabas a bien dirigé ses acteurs qui mettent en relief dans ce couple les nombreuses facettes de l’amour, en alternant joie et douleur…

 Nektarios-Georgios Konstantinidis

 Théâtre Anessis, 14 avenue Kifissias, Athènes. T. : 0030 2103625119

Παρασκευή 9 Δεκεμβρίου 2022

Dogville, adaptation théâtrale du film de Lars von Trier par Christian Lollike, traduction en grec d’Adonis Galeos, mise en scène de Lilly Melemé

 


Ce film du grand réalisateur danois (2003) a connu le succès dans le monde entier et a été adapté plusieurs fois au théâtre. Dans un décor minimal, arrive Grace, une fugitive recherchée par des gangsters puis par la police, à Dogville, un bourg isolé. Les habitants acceptent de l’héberger et de la cacher, en contrepartie de travaux ménagers, entretien du jardin, garde d’enfants, cueillette de pommes, etc. Mais peu à peu, ils révèlent leur vraie nature et ce bourg, de refuge, deviendra prison.

©Patrok Skafidas

©Patrok Skafidas

Qu’on le trouve cynique ou d’un réalisme distant façon Bertolt Brecht ou Friedrich Dürrenmatt,  spectateur est le détective impuissant ou le complice de ce film noir. (Personnes sensibles s’abstenir). En neuf volets et un prologue, une récit encadré comme une démonstration ou une révélation mettant au jour la misère morale de ses personnages. Il n’illustre pas mais démonte et fait voir l’envers, peu reluisant, du décor…. L’absence de murs aux maisons ou abris des habitants de Dogville donne le sentiment d’avoir accès à leur vie comme à leur âme, de façon transparente et crue.

Lilly Melemé sait créer des spectacles de grande qualité après une solide recherche dramaturgique. Et dans ce microcosme, dialoguent l’ici et le maintenant. Un clin d’œil discret et amer… Et elle nous amène à une réflexion critique sur les abus du pouvoir. Décor symbolique, costumes soulignant la fonction des personnages, bon rythme et suspense: Lilly Melemé a conçu une mise en scène où elle a su transformer ce petit paradis de Dogville, en enfer. Et les acteurs, bien dirigés sont tous excellents. A voir absolument.

Nektarios-Georgios Konstantinidis

Théâtre Akadimos, 17 rue Ippokratous, Athènes, T. : 0030 2103625119

https://www.youtube.com/watch?v=dvHsqOCuNT8

 

Τετάρτη 7 Δεκεμβρίου 2022

Le Procès, adaptation du roman de Franz Kafka, mise en scène d’Andreas Theocharis, Vangelis Felouzis et Andreas Kokakis

 


Ce livre édité en 1925, après la mort de l’écrivain praguois de langue allemande, relate les mésaventures de Joseph K. (on ignore son nom de famille complet). Il se réveille un matin et, pour une raison obscure, sera arrêté et soumis aux rigueurs de la Justice. Ce Procès est une critique du système judiciaire, machine anonyme à broyer les individus. Avec des juges, avocats, policiers… tous gangrenés par la corruption et la bureaucratie. Mais une analyse plus fine relève d’autres thèmes récurrents chez Franz Kafka: absurdité et inhumanité du monde moderne, totalitarisme, aliénation de la subjectivité, ce dont le philosophe et sociologue Herbert Marcuse (1898-1979) parle dans L’Homme unidimensionnel…

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Dès le début, ce récit illogique est augmenté par ce qui arrive à Joseph K. L’absurde total semble désigner chez Franz Kafka un vide rationnel dans le monde, dans la mesure où tout a été englouti par une hyper-rationalisation. L’Ecole de Francfort, notamment Theodor W. Adorno, verra ce processus comme l’avènement d’un monde totalitaire et devenant inhumain, car hostile à la subjectivité. L’homme n’a plus alors d’autre choix que de se fondre dans la foule…
J. K. -qui n’a  pas de nom!- est à vrai dire insaisissable et énigmatique : l’homme en général est opaque pour lui-même  et je est un autre. Une thématique approfondie par Martin 
Heidegger dans Etre et Temps où  il décrit le monde public, comme une dictature du : on, et une forme d’inauthenticité. Chez Kafka, autrui est le bourreau, comme il le sera dans Huis-Clos de  Jean-Paul Sartre. Son anti-héro, vit dans l’inauthenticité. Accusé sans doute à tort, il finit par abdiquer et se persuadera qu’il est coupable. Alors qu’il pourrait s’échapper du tribunal, J. K. préfère se laisser tuer après  s’être laissé dominer par une société qui l’a objectivé et rivé dans sa culpabilité. Il a abandonné toute volonté de vivre et sera abattu comme un chien.On reconnaît ici des thèses développées par Nietzsche sur le dernier homme, ou celles de Sartre sur la mauvaise foi. 

Cela se passe au sous-sol du théâtre-laboratoire de recherche Koryvantes. Dans la pénombre, salle et scène ne font qu’un et forment un univers kafkaïen engendrant angoisse et terreur.
Le public, en témoin oculaire, fait l’expérience de la situation absurde et du cauchemar vécu par J. K.. A la lumière des bougies et dans une pénombre qui dissimule et dévoile à la fois une scène-labyrinthe où se déroule chaque séquence. Ici, le temps se dilate avec de longs silences éloquents mais avec aussi des bruits et des musiques qui augmentent la peur. 

Andreas Kokakis (Joseph K. ) et Andreas Theocharis qui incarne de façon aussi remarquable les autres personnages du roman, réussissent à nous transporter dans l’univers suffocant de Franz Kafka. Et la scène du peintre (Andrea Theocharis) dans son vieil atelier -la seule en couleurs- est d’une grande beauté… comme les autres dans la pénombre, entre autres celle du fouet symbolisant très bien la cruauté, pour arriver au coup de feu du dénouement.  A distance des acteurs, nous avons fait le plein d’émotions et ce rituel scénique serait sans doute apprécié par le public d’un grand festival comme, entre autres, celui d’Avignon…    

Nektarios-Georgios Konstantinidis

Théâtre Koryvantes, 78 rue Myllerou, Athènes, T. : 0030 2155404045. 

http://theatrekoryvantes.blogspot.com/2022/11/h.html