Τρίτη 24 Οκτωβρίου 2023

L’Ombre de Mart de Stig Dagerman, traduction de Marguerite Melberg, mise en scène de Chryssa Kapsouli

 


Cet écrivain et journaliste libertaire suédois né en 1923 se suicidera à trente et un ans. Dans son œuvre (romans, chroniques, essais, théâtre, poésie) qui sera traduite en plusieurs langues, il aborde des préoccupations universelles : morale, conscience, sexualité, philosophie sociale, amour, compassion, justice…
Il sonde la douloureuse réalité de l’existence et des émotions comme la peur, la culpabilité et la solitude.

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Dans  L’Ombre de Mart, l’écrivain explore la question du salut et témoigne de l’angoisse de l’homme moderne, vaincu, abandonné par la raison, victime de lui-même et fuyant sa propre histoire.
Cette pièce est aussi une réflexion profonde sur la guerre et ses ambiguïtés et une variation sur le culte du héros mort… Et une tragédie où la femme est objet de désir et cause d’échec et surtout pour un jeune homme, éternel perdant, écrasé par l’ombre de son frère. 

En 1947, Still Dagerman avait rencontré à Paris l’écrivaine juive Etta Federn qui avait survécu à l’occupation nazie. Un de ses deux fils, résistant, a été assassiné par la milice française. L’auteur s’inspire de cette histoire pour écrire cette pièce où il noircit le tableau. Il met en scène une femme monstrueuse et poussant au matricide Gabriel, son fils cadet survivant mais mal-aimé.

Tout commence par une histoire de tableau. On sonne à la porte. C’est le facteur qui apporte un tableau représentant Mart, mort à la guerre en héros courageux et que tout le monde glorifie.
Son ombre, ce fameux « mort à la guerre », pèse lourdement sur le jeune Gabriel. Par lâcheté et comme il a été réformé pour cause de myopie, il n’est jamais allé au front et a continué à vivre normalement. Il va tomber amoureux de Thérèse, l’amante de Mart.

Mais l’amour de sa mère et de Thérèse est digne d’un homme courageux, et non d’un lâche. Victor qui, lui, a combattu, est plus digne. La mère de Mart lui offrira son fusil et Thérèse, son amour. Gabriel se retrouvera alors bien seul…La demeure est comme un mausolée élevé à la mémoire de Mart, héros tué au combat et elle est devenue une maternité nazie où, en dépit d’efforts incessants, on n’a pas encore réussi à éliminer les «mal-faits» comme Gabriel…
Là, se terre « la bête immonde », toujours prête à renaître et tant redoutée par Bertolt Brecht. Tuer sa mère, «crime impensable», devenir «le serpent», c’est anéantir ce cerveau inique et choisir de ne plus avoir de dialogue qu’avec la mort.
Still Dagerman a réussi avec L’Ombre de Mart à écrire une confession dramatique qui est aussi l’autobiographie d’un poète abandonné par sa mère à la naissance. Il révèle ici les cauchemars qui le hantent et le vide effroyable qui l’a laissé infirme à jamais.

Chryssa Kapsouli a mis en scène ce spectacle avec un bon rythme, et où sont dévoilées les pensées intimes de l’écrivain. Mais elle accentue aussi discrètement l’aspect politique du texte. Cela se passe dans le salon où trône le portrait de Mart, et dans la chambre de Thérèse, un espace de passion/confession: là se révèlent les personnages. La pénombre et les lumières contrastées imaginées par Yorgos Ayiannitis tracent des lignes de séparation entre rêve et réalité.

Aimilia Ypsilandi incarne cette mère despotique, haineuse, et au dynamisme et à la sévérité remarquables. Fotis Karalis souligne la fragilité, la peur et l’instabilité mais aussi et surtout, le traumatisme de Gabriel, ce fils à la recherche d’un amour maternel et charnel à la fois.
Séduction, passion et sensualité féminine : Emmanuelle Kontogiwrgou fait de Thérèse, un personnage complexe et crée le mystère en ajoutant un élément de doute. Enfin, Theofilos Manologlou joue avec clarté un Victor, fat et manipulateur… La mise en scène comme la direction d’acteurs de Chryssa Kapsouli sont remarquables, à la hauteur de ce grand texte.

 Nektarios-Georgios Konstantinidis 

 Théâtre Argw, 15 rue Elefsiniwn, Athènes, T. : 00302105201684 

 https://youtu.be/xe8ZMyToYtg

Τρίτη 17 Οκτωβρίου 2023

Isabelle Rimbaud, Mon Arthur à moi d’Efstathia, mise en scène de Vicky Volioti


Efstathia est une auteure-compositrice, interprète et dramaturge grecque. Diplômée de la faculté de théologie de l’Université d’Athènes, elle a publié cinq albums personnels de ses chansons et a écrit, entre autres, une pièce: L’Apologie de Marie Curie. Elle a toujours ressenti le besoin de promouvoir des modèles d’intellectuels pour créer un éveil de la société sur les questions d’écologie, de respect mutuel et d’autonomie des femmes.

Dans ce monologue polyphonique, elle donne la parole à Isabelle Rimbaud (1860-1917),  la plus jeune sœur du poète. Quand il tomba gravement malade  elle le veilla à chaque instant de la fin de sa vie et devint son légataire universel.
La pièce s’inspire de son livre Mon frère Arthur, de lettres et documents authentiques et des grands recueils poétiques: Les IlluminationsUne Saison en enfer, Le Bateau ivre.  Un abbé représentant la foi chrétienne et Isabelle tracent le portrait de cet enfant terrible. Avec des lettres choisies de la correspondance de sa sœur avec sa mère au sujet d’Arthur sur qui elle veilla sur durant sa longue agonie. Avec aussi des souvenirs de la vie du poète et des vers de lui.

 

© Marita Amorgianou

© Marita Amorgianou

Isabelle, femme simple, humble, à l’ombre de son frère, sans reconnaissance sociale, est une sœur aimante, imprégnée d’une éducation chrétienne et rigoriste qui admirait tellement. cet «homme aux semelles de vent» et qu’elle évoque avec lyrisme.  Dans le temps du deuil et avec un ressenti intact, elle nous parle d’une expérience salvatrice d’amour fraternel. Elle consacra sa vie à bâtir sa légende. Témoin privilégié des derniers jours de Rimbaud, elle défendra sa mémoire, avec son futur mari Paterne Berrichon, artiste et homme de lettres lui aussi. 

La metteuse en scène souligne le contraste entre le «péché» d’une âme pure et libre et la «piété» d’un monde hypocrite et corrompu. Une longue table avec une bougie allumée renvoie au rituel catholique et à la messe. Tout en créant un univers religieux et poétique à la fois, elle suggère un espace de confession et d’isolement où la sœur d’Arthur Rimbaud  nous offre ses souvenirs. 

Vicky Volioti incarne une Isabelle d’une intimité touchante qui gagne le public dès les premiers instants. Assise au début parmi les spectateurs, elle partage avec eux des photos de la famille Rimbaud, créant ainsi une émotion palpable. La lumière de la salle s’éteint, l’actrice gagne la scène et exprime remarquablement cette Isabelle qui, à la fin, dira quelques vers de Départ, un poème des Illuminations:  «Assez vu. La vision s’est rencontrée à tous les airs./Assez eu. Rumeurs des villes, le soir, et au soleil, et toujours. /Assez connu. Les arrêts de la vie. –Ô Rumeurs et Visions ! /Départ dans l’affection et le bruit neufs !
Ce petit hommage théâtral à Rimbaud restera gravé dans notre mémoire…

 Nektarios-Georgios Konstantinidis 

 Théâtre Mikro Anessis, 14 avenue Kifissias, Athènes. T. : 00302107718943.

Δευτέρα 16 Οκτωβρίου 2023

Quand je serai grand, je serai Nana Mouskouri de David Lelait-Helo, traduction d’Aggeliki Vouloumanou, mise en scène d’Elissaios Vlachos


Après avoir obtenu un doctorat en littérature et civilisation hispaniques à l’Université de Montpellier, cet écrivain de cinquante-et-un ans enseigne l’espagnol. Il se consacre en particulier dans ses livres à des personnalités féminines comme Eva Peron, Maria Callas, Barbara, Dalida…
Parus en 2016, ce roman d’initiation et d’apprentissage est aussi une auto-fiction. Milou, un adolescent dont l’auteur se dit très proche, devient un grand admirateur de Nana Mouskouri, chanteuse grecque de réputation internationale devenue eurodéputée.

Solitaire et rêveur, Milou touché par sa voix, s’éclaire soudain, désire l’imiter, s’habiller et s’exprimer comme elle. Il prend alors la décision de sa vie: il sera Nana Mouskouri. Même si il n’est pas grec, s’il n’a pas de longs cheveux noirs, s’il ne chante pas, s’il ne porte pas de lunettes. Et pire, s’il est un garçon !  

David Lelait-Helo raconte les étapes par lesquelles passe un adolescent qui découvre son identité, en évoquant largement le pouvoir des rêves. Milou réalise finalement que son vrai but n’est pas de devenir la Mouskouri mais d’accepter sa nature et de s’ouvrir aux autres sans avoir peur. À travers son déguisement, il tracera son chemin vers le bonheur. 

Le spectacle  est touchant, ludique, plein de trouvailles originales qui renforcent les points forts du texte, tout en accentuant les non-dits refoulés du personnage. Le metteur en scène révèle l’admiration,  l’enthousiasme, la naïveté, la passion mais aussi l’angoisse, la rêverie et toute la soif qu’a Milou de découvrir le monde.

Elissaios Vlachos souligne ici avec discrétion le sentiment d’être différent des autres et son acceptation sereine. Grâce également aux décors et costumes de Sémiramis Moshovaki, à la musique de Nikos Kollaros et aux lumières de Yorgos Ayiannitis

De ce roman, Virginie Lemoine avait fait une adaptation avec Didier Constant au off d’Avignon 2019.  
David Lelait-Helos serait sans doute très heureux de voir jouer Manos Karatzoyannis dans cette autre adaptation de Quand je serai grand, je serai Nana Mouskouri. Une interprétation exceptionnelle de Milou !
L’acteur bouleverse les stéréotypes de la masculinité et de la féminité qui peuvent cohabiter sous un seul corps... Il sait aussi recréer dans un méta-texte, l’itinéraire de l’adolescence, à l’âge adulte, avec une riche palette d’émotions.  La sincérité de Manos Karatzoyannis,  sa gestuelle et son regard sensibles bafouent l’homophobie et touchent profondément le public. 
Un spectacle à ne pas manquer!   

 Nektarios-Georgios Konstantinidis 

Théâtre Stathmos, 55 rue Victor Hugo, Athènes. T. : 00302105230267 

https://www.youtube.com/watch?v=pg522nnkHR4 

Παρασκευή 9 Ιουνίου 2023

Leonarda, texte et mise en scène de Yorgos Kalogeropoulos


Un texte écrit en rimes et riche de jeux de mots, sous-entendus, est plein de fantaisie, humour noir et images cruelles. C’est une adaptation théâtrale de la vie de Leonarda Cianciulli (1894-1970). En 1939, cette diseuse de bonne aventure a été une tueuse en série et une cannibale. Quand elle apprend que Giuseppe -son fils aîné et son préféré- est incorporé dans l’armée, elle va pratiquer des sacrifices humains pour le faire condamner à la prison, et donc ainsi le sauver d’une mort possible le temps de la guerre. 

Connue sous le pseudonyme de la Saponificatrice de Correggio, elle y a assassiné Faustina Setti, Francesca Soavi et Virginia Cacioppo, une ex-soprano qui avait trouvé un poste de secrétaire d’imprésario à Florence. Elle découpe leurs corps en neuf morceaux qu’avec sept kilos de soude, elle transforme en savon. Et elle récupère le sang qu’elle mélange avec farine, sucre,  chocolat, œufs et lait. Elle en fait des gâteaux qu’elle sert aux femmes qui lui rendent visite. Elle prétend que ceux cuits à partir du sang de Virgina Cacioppo sont les meilleurs.

Sept ans plus tard, elle sera jugée et condamnée à trente ans de prison, dont trois en hôpital psychiatrique. Cette histoire, bien connue en Italie, a inspiré plusieurs films comme Black Journal de Mauro Bolognini, La Saponificatrice -Vita di LeonardaCianciulli d’Alessandro Quadretti, Da Lucia de Roberto Capucci, et récemment, Leonarda de Luca Brinciotti. Et au théâtre, Amour et magie dans la cuisine de maman de Lina Wertmüller, Leonarda Cianciulli: Storia di una serial Killer d’Andrea Pilato.

Ce spectacle, lui, est fondé sur le récit de cette histoire sanglante et les sept interprètes dont l’auteur lui-même qui joue une étrange figure de voyante, alternent les personnages.
Avec quatre chaises, ils réussissent à créer le mystère, semer la terreur et le suspense mais d’une manière poétique.

En évitant de tomber dans le mélo et avec un texte aux nuances comiques et tragiques, le dramaturge et metteur en scène rappelle que chacun peut être à la fois victime et bourreau quand il n’est plus maître de ses actes. Et que Leonarda Ciancculli, jeune, avait été maltraitée…

Nektarios-Georgios Konstantinidis

Théâtre 2510, 52 rue Themistokleous, Athènes, T. : 00306971756566.

https://www.youtube.com/watch?v=AqrNmYrKEpw&t=3s





Σάββατο 20 Μαΐου 2023

Athéna Panagoulis (Αθηνάς Παναγούλη Επιτάφιος) de Yannis Soldatos, mise en scène de Kostis Kapelonis


Ce spectacle fait partie du projet: Mon fils… où sont mis en scène des monologues de mères de personnages grecs importants comme ici, Alexandros Panagoulis (1939-1976), figure de proue de la lutte contre la dictature, à travers les souvenirs de sa mère, avec, en commentaire, les événements les plus importants de notre histoire récente.

©Panagoyli

©Panagoyli

Panagoulis était un intellectuel qui s’est battu pour la démocratie et les droits de l’homme pendant la junte des colonels.
Après son attaque ratée contre Georgios Papadopoulos (1968), il a été torturé et emprisonné. Il sera libéré en 1973, à la suite d’une pétition internationale.
D’abord exilé en Italie, il devient membre du parti libéral Union du Centre en 1974 au Parlement grec mais est mort deux ans plus tard dans un mystérieux accident de la route, alors qu’il enquêtait sur les tractations secrètes entre certains membres du nouveau gouvernement démocratique et les militaires pendant la junte des colonels.
La vie et l’œuvre de Panagoulis ont suscité l’intérêt des milieux artistiques. Mikis Theodorakis, aussi persécuté pour ses idées contre cette junte, écrivit des musiques pour ses poèmes.  Ce député est aussi la vedette d’Un Homme, le livre célèbre d’Oriana Fallaci, journaliste et écrivaine italienne (1929-2006) qui œuvra dans la Résistance contre Benito Mussolini pendant la seconde guerre mondiale. Elle vécut avec Panagoulis de 73 à 76 et ce texte et une interview l’ont rendu rendue célèbre dans le monde entier comme symbole de résistance aux régimes autoritaires.

Le texte de Yannis Soldatos est un récit fort et riche en informations, à l’émotion maîtrisée et sans facilités ou didactisme. Les matériaux (documents et photos de la famille Panagoulis) ont été tirés du livre de Kostas Mardas. Kostis Kapelonis a enrichi le spectacle de photos, images de films et autres documents précieux qui en renforcent l’esprit politique. Il faut signaler l’efficacité de la musique de Stavros Siolas sur les vers de Panagoulis. 

Mania Papadimitriou, cette très grande actrice, crée ici un personnage exceptionnel: la mère de Panagoulis et elle sait nous toucher profondément. Un spectacle à ne pas manquer ! 

Nektarios-Georgios Konstantinidis

Théâtre Vault, 26 rue Melenikou, Athènes. T. : 0030 213 0356472.

Le texte de Yannis Soldatos est publié aux éditions Aigokerws.

Δευτέρα 15 Μαΐου 2023

Tartuffe de Molière, traduction d’Andreas Staïkos, mise en scène de Yannis Dalianis


Sans doute dans l’intention d’attaquer le parti dévot et, en particulier, les membres de l’influente Compagnie du Saint-Sacrement, Molière a-t-il voulu peindre un hypocrite prêchant la religion la plus austère pour mieux profiter de la naïveté de sa future victime.

Tartuffe parvient ainsi à s’introduire dans la maison d’Orgon, un grand bourgeois dont il veut capter la fortune et séduire l’épouse. Deux camps se forment alors: Orgon et sa mère, Madame Pernelle qui croient en la sincérité de cet imposteur.
Mais Dorine, la fidèle servante,  Elmire, l’épouse et Damis et Marianne, les enfants d’Orgon, son beau-frère, Cléante et sa femme Elmire sont eux beaucoup plus lucides. Leurs actions combinées finiront par ouvrir les yeux d’Orgon, mais trop tard! Tartuffe a déjà pris possession de la maison , grâce à un acte qu’il a discrètement fait signer à Orgon. Mais un deus ex machina, en l’occurrence, Louis XIV lui-même, sauvera au dernier moment le patrimoine de cette famille.

© Patroklos Skafidas

© Patroklos Skafidas

Yannis Dalianis nous offre un spectacle moderne, plein de musique et de couleurs, dans une version qui respecte l’esprit du texte. Mais en dialoguant avec l’actualité. Belles trouvailles, jeux de mots, scènes improvisées et allusions discrètes rappellent et commentent l’abus de pouvoir, les harcèlements sexuels et tous les côtés négatifs de la vie politique contemporaine. Le rôle de Valère, le jeune amoureux de Marianne, a été supprimé: selon le metteur en scène, il retardait l’évolution  de la pièce… Marianne, elle, devient une vivante-morte qui se sacrifie et Damis, un homosexuel. Et il y a très intéressant, un rôle-surprise: le valet de Tartuffe qui reste silencieux quand à  la fin, il dévoile ses vraies intentions. Le metteur en scène utilise les chansons d’Elvis Prisley comme moyen de séduction.
Le jeu des comédiens est plein de brio et d’énergie et Manos Karatzoyannis incarne un Tartuffe exceptionnel. Il réussit à bien mettre en valeur le sarcasme et l’obscurité de ce personnage complexe. Une adaptation à ne pas manquer.

Ce spectacle est dédié à la mémoire du grand metteur en scène Lefteris Voyatzis, mort en 2013. Il avait mis en scène L’Ecole des Femmes et Le Misanthrope, que le public et la critique avait beaucoup appréciés. Et il avait aussi joué le rôle de Tartuffe sous la direction de Spiros Evaggelatos. 

Nektarios-Georgios Konstantinidis 

Théâtre Stathmos, 55 rue Victor Hugo, Athènes. T. : 0030210523026 

https://www.youtube.com/watch?v=-RxsSdZdcnI

Πέμπτη 11 Μαΐου 2023

Intérieur de Maurice Maeterlinck, traduction de Dimitris Dimitriadis, mise en scène de Panagiotis Gizotis


Cette pièce créée au théâtre de l’Œuvre à Paris en 1895, sera redécouverte plus tard et mise en scène par Claude Régy avec des acteurs japonais à Paris. Et enfin à la Comédie-Française il y six ans. Cette fable qui allie simplicité et profondeur du symbolisme dont les dramaturges des années 1950-60 comme entre autres, Bob Wilson se souviendront, est aussi dans cette réalisation, prétexte à une scénographie en décalage et à une création poétique du silence.

Le Père, la Mère que nous apercevons derrière leurs fenêtres avec deux filles et un enfant endormi, ne savent pas encore qu’une autre de leurs filles, sortie le matin même, s’est sans doute suicidée (mais l’auteur ne le précise pas). Le Vieillard, qui a découvert son corps dans la rivière, attend dehors avec l’Etranger et n’osent pas entrer dans la maison annoncer l’horrible nouvelle. La force et l’originalité de l’œuvre tiennent aussi aux espaces conçus: l’intérieur, où la famille que l’on voit seulement vivre, insouciante et muette et l’extérieur, où sont les témoins, retardant le moment de pénétrer dans la maison, suspendent le temps.

Le Vieillard et l’Inconnu assument ainsi la fonction de narrateurs épiques et leur échange  s’apparente à une longue didascalie alternée où ils commentent les humbles gestes de ceux qui, dans le silence, au lointain, vivent encore dans l’ignorance et la tranquillité. Ce drame statique associant images et silence mais ici en séparant action et dialogue, trouve une remarquable expression. 

Et cette première mise en scène de Panagiotis Gizotis est un bel essai poétique sur «l’espace dans l’espace». Avec une sorte de rituel aux images fortes, avec un silence, une gestualité, des sons et une lumière de grande qualité.

La représentation a lieu au premier étage d’un ancien immeuble style néoclassique de l’avenue Alexandras au centre d’Athènes. Une actrice nous accueille et nous  fait monter dans l’appartement où nous serons les témoins de la vie de quatre personnages autour de la table du salon.
Un spectacle dans le spectacle avec des actions en parallèle où le metteur en scène donne une lecture originale de deux espaces: une miniature de la maison et la projection de ce qui se passe à l’intérieur. Sur un écran, nous voyons les personnages agir dans cet espace clos. Joués par d’excellents acteurs créant une illusion qui fascine le public grâce à une gestion exceptionnelle du rythme, des intonations et de l’expression corporelle par Panagiotis Gizotis.

Le magnétophone, les enregistrements sur cassettes que les comédiens changent eux-même, donnent à cette mise en scène un aspect mystique. Intimité et étrangeté, à la fois entre artificiel et naturel, se conjuguent pour souligner le «tragique quotidien» de Maeterlinck. Une expérience théâtrale à ne pas manquer!

Nektarios Georgios Konstantinidis

Jusqu’au 12 mai, Πάνω Σπίτι (Maison), 37 Alexandras avenue, Athènes. T. : 00306986614274