Τετάρτη 25 Δεκεμβρίου 2019

Le Calmant d’après la nouvelle de Samuel Beckett, traduction en grec d’Erifili Maroniti, mise en scène d’Aspa Tobouli

Chez ce célèbre écrivain,  souvent le narrateur lui-même dénonce l’état fictif du récit qu’il est en train de raconter au passé, avec des interventions au présent comme dans cette nouvelle écrite en français en 1946. L’Histoire vient rejoindre la narration qui, elle-même, s’inscrit dans l’Histoire, en dénonçant la fiction au passé.
Le texte s’ouvre sur ces mots : «Je ne sais plus quand je suis mort. Il m’a toujours semblé être mort vieux». Début plein d’une ironie typiquement beckettienne mais qui pose question:  qui assume la narration?  Le titre de la nouvelle fait allusion à un objet du récit (une petite fiole) mais renvoie aussi à la narration elle-même, apaisante dont son statut de vérité qui semble garanti par l’emploi de la première personne, est pourtant d’emblée mis à mal: «Je mènerai néanmoins mon histoire au passé, comme s’il s’agissait d’un mythe ou d’une fable ancienne. »
Le metteur en scène a adapté le texte pour la scène avec une série des micro-séquences narratives qui renforcent la théâtralité  et cette sorte de performance où la parole a une place prépondérante, est accompagnée de vidéos et d’enregistrements sonores. Des images successives où alternent dits et non-dits et qui renvoient aux personnages de Fin de partie et d’En attendant Godot
La scission du «je» entre plusieurs paroles contradictoires impose une distance critique par rapport à la narration  et les deux comédiens  dialoguent entre eux. Mais en fait, ce sont ici deux facettes du moi profond. L’âme et l’esprit. La conscience et l’émotion. Spyros Varellis et Despina Sarafidou incarnent de façon exceptionnelle la bipolarité de leur personnage monologuant, qui baigne entre rêve et cauchemar, vie et mort, passé et présent, mémoire et oubli, réalité et fiction. Ici, la littérature est le remède, et l’autofiction, une planche de salut. Un spectacle de haute qualité, à ne pas manquer !
Nektarios-Georgios Konstantinidis
Théâtre Fournos, 168 rue Mavromichali, Athènes. T. :  0030 210 6460748.
Le texte est tiré de Nouvelles et textes pour rien, Editions de Minuit.

Παρασκευή 13 Δεκεμβρίου 2019

Le Fils de Florian Zeller, traduction de Koralia Sotiriadou, mise en scène de Vaggelis Théodoropoulos

  L’auteur français contemporain clôt une trilogie commencée avec La Mère puis Le Père…des pièces qui se font écho et mettent en évidence les rapports entre les êtres dans ce qu’ils ont de plus tragique, mais avec une approche différente. Le Fils renoue avec la réalité la plus immédiate, celle de la cellule familiale aujourd’hui souvent brisée par la séparation du couple. Nicolas, l’enfant de Pierre et d’Anne, ballotté,  n’accepte pas les arrangements des adultes. D’un univers conjugal à l’autre, il peut se décomposer ou se réinventer. Là, les versions contradictoires viennent moins du labyrinthe construit par l’auteur que des mensonges du personnage principal et des points de vue contraires des parents qui ont des certitudes à la surface des choses.
Il y a ici un autre angle… Dans un chant désespéré à la jeunesse, plus que dans la traduction d’une planète mentale où c’est au spectateur à établir la vérité.  Ici, la détresse d’un adolescent le conduit au suicide et l’auteur parle de la complexité des relations entre parents et enfants à un niveau diachronique. «C’est la vie qui me pèse» avoue Nicolas à son père dès la deuxième scène où apparaissent les premiers signes inquiétants de sa maladie. Le dialogue entre eux montre les cicatrices du passé  et le vrai problème  pour lui n’est pas le divorce de ses parents. Mais ni chez son père maintenant remarié avec Sofia avec qui il a eu un enfant, ni chez sa mère qui vit seule, Nicolas ne trouve un endroit paisible.
La communication est impossible et ses parents refusent d’accepter que leur fils est malade et que sa vie est en danger. Nicolas crie à sa mère: «Parfois, j’ai l’impression que je ne suis pas fait pour vivre. Je n’y arrive pas. Pourtant, j’essaie, tous les jours, de toutes mes forces, mais je n’y arrive pas. Je souffre en permanence. Et je suis fatigué. Je suis fatigué de souffrir.» Florian Zeller  constate avec amertume que l’amour ne suffit pas; et pour lui, seul compte un thème éternel: «Quel est le sens de la vie? »
Vaggelis Théodoropoulos évite le mélo, renforce le réalisme poétique de la pièce, en faisant monter l’émotion. Le public se sent donc concerné et les comédiens sont remarquables: Lazaros Georgakopoulos souligne le sentiment de culpabilité qui tourmente Pierre. Le jeune et talentueux Dimitris Kitsos incarne bien un Nicolas malade. Despina Kourti (Anne) et Anna Kalaïtzidou (Sofia) excellent aussi dans leurs personnages. Un spectacle bouleversant à ne pas manquer !
 
Nektarios-Georgios Konstantinidis
 
Théâtro tou Neou Kosmou, 7 rue Antisthenous, Athènes, T. : 0030 210 92 12 900